LE GAZ DU SÉNÉGAL
Le Sénégal pourrait entrer dans le top 10 africain des producteurs de gaz

Pour le géologue Fary Ndao, les réserves d’hydrocarbures offshore sont une immense opportunité pour le pays mais ne vont pas révolutionner la structure de son économie.
Le Sénégal s’apprête à entrer dans le cercle des pays producteurs d’hydrocarbures. Depuis la première découverte de pétrole offshore, en octobre 2014, jusqu’aux gisements de gaz révélés en mai 2017, le Sénégal attire les grandes compagnies pétrolières. L’exploitation de ces ressources débutera en 2021. Que pourrait apporter cette manne inespérée au pays, classé 162e selon l’indice de développement humain ?
Pour répondre à cette question, l’ingénieur sénégalais Fary Ndao publie L’Or noir du Sénégal, comprendre l’industrie pétrolière et ses enjeux au Sénégal. Géologue de 31 ans, diplômé de l’université Claude-Bernard, à Lyon, et de l’Institut des sciences de la terre de l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, il a travaillé pour Petrosen, la compagnie pétrolière nationale. Militant engagé, il est aussi coauteur de l’ouvrage Politisez-vous !.
Le Sénégal peut-il devenir une puissance pétrolière ?
Fary Ndao Le Sénégal deviendra un pays producteur de pétrole, mais pas une puissance pétrolière en l’état actuel des découvertes. Il est probable que ces gisements sont les plus importants qu’on découvrira jamais au Sénégal. Celui de SNE est évalué à 563 millions de barils. Le champ de Ghawar, en Arabie saoudite, le plus grand du monde, atteint plusieurs dizaines de milliards de barils. C’est incomparable.
Concernant le gaz, si on n’en a pas autant que la Russie ou le Qatar, les réserves découvertes pourraient faire entrer le Sénégal dans le top 10 africain des producteurs. On ne deviendra pas un émirat, mais, dans un pays de 16 millions d’habitants, très jeune, avec des défis d’éducation et de santé, ces découvertes sont une immense opportunité.
De nombreuses critiques s’élèvent contre la mainmise d’entreprises étrangères sur l’exploration et l’exploitation…
L’Etat a besoin des compagnies étrangères pour assumer le risque d’exploration. Huit forages sur dix sont un échec. Or un forage peut coûter plusieurs dizaines de milliards de francs CFA [soit plusieurs dizaines de millions d’euros]. Un pays pauvre comme le Sénégal ne peut pas s’aventurer dans l’exploration pétrolière. On a d’autres secteurs à financer en priorité.
On peut imaginer qu’avec le temps, le Sénégal, à travers sa compagnie pétrolière nationale, va gagner en capacité financière et investir dans l’exploration. Mais ce n’est pas pour demain. En Arabie saoudite, pendant près de quarante ans, l’exploitation pétrolière était déléguée à des compagnies étrangères. Désormais, Saudi Aramco, la société nationale saoudienne, explore elle-même son sous-sol, tout comme PDVSA au Venezuela.
Comment se répartissent les différentes concessions ?
Il y a eu des découvertes dans trois blocs depuis 2014. D’abord dans le bloc Sangomar, avec le gisement FAN, puis, un mois après, SNE, qui est la plus grosse découverte à ce jour. Ensuite dans le bloc Saint-Louis offshore profond, avec le gisement Tortue, en avril 2015, partagé avec la Mauritanie. Enfin dans le bloc Cayar offshore profond, avec les gisements de Teranga et Yakaar. Les principaux opérateurs sont BP, Kosmos, Cairn, Oranto, African Petroleum et Petrosen. Total est arrivé il y a un an et a pris possession du bloc Rufisque offshore profond, mais aucune découverte n’y a été faite à ce jour.
Ces découvertes sont-elles comparables aux gisements trouvés dans des pays comme le Nigeria ou le Ghana ?
Le Sénégal produira à peu près les mêmes volumes que le Ghana, soit environ 100 000 barils par jour.
Il existe un défi environnemental. Vous dites que ces découvertes peuvent mener à une transition écologique. Comment ?
Nous ne devons pas seulement remplacer le fioul et le charbon par le gaz et les énergies renouvelables, mais aussi changer la manière dont se font les transports. Dakar est congestionnée de voitures. Il faudrait commencer à développer des lignes de tramway, avoir des bus semi-électriques… On arrivera ainsi à un environnement plus sain. L’argent du pétrole peut servir à financer la transition énergétique.
On estime les gains financiers de l’Etat jusqu’à 30 milliards d’euros [environ 26 milliards d’euros] sur trente ans pour SNE et Tortue. Les hydrocarbures deviendront-ils les premiers leviers de l’émergence sénégalaise ?
Le budget du Sénégal, c’est environ 6 milliards de dollars par an. Cet apport d’un milliard de dollars par an correspondrait à un peu moins de 20 % du budget. Rien que la douane ou la direction des impôts apportent plus. Donc ça ne va pas révolutionner la structure de l’économie sénégalaise. Sauf que le pétrole et le gaz sont les ressources qui font le socle de toute économie moderne. Le gaz permet de produire environ 25 % de l’électricité dans le monde. Il rejette moins de CO2 et de particules fines que le charbon et le fioul que nous importons. Cela pourra réduire le prix de l’électricité, ce qui aura un effet positif sur la productivité de l’économie sénégalaise.
Vous parlez d’un risque économique en évoquant la « maladie hollandaise ». De quoi s’agit-il ?
C’est l’installation d’un pays dans une économie de rente, notamment quand il s’adosse à une ressource naturelle en délaissant d’autres secteurs. L’industrie au Sénégal est faible, le risque que l’on court est une déstructuration du secteur primaire, en particulier de l’agriculture. Des pays comme l’Angola ou le Gabon sont dans une situation où presque tout est importé, jusqu’à la nourriture. Il faut donc investir dans d’autres secteurs que le pétrole afin que le pays soit résilient. La durée de vie de nos gisements est estimée à trente ans. Il faudra ensuite embrayer sur un autre type d’économie.
Autre défi évoqué dans votre livre, celui de la corruption…
Il est impératif de soumettre les entreprises qui interviennent dans le pétrole à la menace de sanctions plus lourdes, afin de créer un effet de dissuasion. Aujourd’hui, il existe un arsenal pénal pour lutter contre la corruption. Mais ce qui manque, c’est une spécification à un contexte de production pétrolière, notamment en ce qui concerne l’octroi de certains contrats de service. Le monde pétrolier est très corruptogène.
Les conflits liés à la parenté sont un problème fort en Afrique, à l’exemple de l’Angola, où la fille de l’ancien président [Isabel Dos Santos] était responsable de la compagnie pétrolière nationale. Même problème en Guinée équatoriale avec la famille Obiang. Au Sénégal, la nomination du frère du président à la tête d’une société à qui l’Etat a octroyé un bloc pétrolier avait suscité un tollé [entré en fonctions en 2012, Aliou Sall a finalement quitté la direction de Petro-Tim Sénégal en 2016].
lemonde.fr/Matteo Maillard













Un article très intéressant sur la découverte d’hydrocarbures au Sénégal face aux enfumages habituels…
Une bonne Opportunité pour ce pays classé à la 162 ° place selon l’indice du développement humain, si bien maintenu, soutenu et entretenu par ces élites politiciennes et religieuses, pour monopoliser et détourner toutes richesses du pays, sans partage et laisser le peuple dans la misère… Mais un opportunité qui ne révolutionnera pas sa structure économique ???
Zut alors ! Le pétrole ne va pas sauver le pays et sortir le peuple de la misère, comme on l’a promis
sans cesse dans des discours glorieux, pendant plus de 6 ans ??? on nous aurait encore menti ???
Et Non ! Pas de grands espoirs de changements et de révolution de la structure de l’économie sénégalaise :
– Parce que les puissances étrangères ont déjà la main mise sur toute l’exploitation du pétrole au Sénégal.
– Parce que le Sénégal est trop pauvre pour faire des forages qui coutent trop chers et qu’il a d’autres priorités.
– Parce que les réserves trouvées ne pourront sortir que 100 000 barils par jour, au même niveau du Ghana, loin derrière l’Arabie Saoudite, le Vénézuela ou le Nigeria et que ses réserves sont estimées à 30 ans…
– Parce que le pétrole ne rapportera qu’un milliard de dollars aux caisses du trésor du pays et que le Sénégal devra le dépenser à réussir sa transition énergétique, surtout dans l’électricité et la pollution atmosphérique…
– Parce que le Sénégal manque d’industries et d’emplois et que le pétrole l’installera dans un système économique de rente qui détruira les économies primaires, comme la pêche et l’agriculture, en plus des risques de dégâts écologiques et de marées noires…
– Parce que la corruption n’est pas à sous-estimer dans un pays où la corruption est un sport national et où le Président Macky sall a déjà essayé de placer son frère Aliou Sall , tout aussi incompétent que son beau frère Mansour Faye, ministre de l’Hydraulique, à la tête d’un bloc pétrolier en 2012 avant de le limoger sous pression populaire en 2016…
En clair, à la lecture de cet article, ce n’est pour demain, ni en 2021, ni dans 30 ans, que le peuple sénégalais sortira de la misère, avec ou sans pétrole… Si l’Etat Sénégalais s’adosse à une seule ressource naturelle en délaissant tous les autres secteurs, avec les risques écologiques et de destructions des secteurs économiques primaires de la pêche et de l’agriculture, dans une économie de rente, très bien expliquée…
Tout un programme qui doit en réveiller, plus d’un… Après les enfumages gouvernementaux successifs sur les INCROYABLES et IMMENSES réserves de pétrole, découvertes au Sénégal qui peuvent détruire tous ses autres secteurs économiques et en aucun cas, sortir le peuple de sa misère …
Et mettre en plus le Sénégal en danger, avec tous les requins, groupes terroristes et autres bandes armées qui vont accourir pour avoir leurs parts du gâteau pétrolier… Ce qu’a oublié de mentionner cet ingénieur géologue Fary Ndao pour ne pas noircir, un peu plus le tableau pétrolier au Sénégal, dans un article intelligent, réaliste et surtout honorable dans sa véracité, si peu présente du côté des gouvernants au Sénégal, par nature…
Senegalrainbow Un grand merci pour votre article !!
A Lire et à RELIRE !!!
Le commentaire de Issa GIBB
Tout est dit ! Précis, comme d’hab!!
Je retiens dans le commentaire la phrase :
Attention a la DESTRUCTION des secteurs de la PECHE et de l’ AGRICULTURE, Marées Noires, Dégât Écologiques?
Il y a quelques années, j’entendais l’ancien Président Monsieur WADE, dire à plusieurs reprises, que le Sénégal, s’ en sortirait avec L’AGRICULTURE !!!
Mais, ce n’est juste que mon opinion, et je la partage!
Dejà annuellement cela nous rapportera 5 fois plus que « l’aide » publique aux développements, c’est deja pas mal.
L’autoroute ILA touba a couté 400 milliards, l’aibd a couté 400 milliards
Imaginer ce que le Senegal peut alors faire avec 500 milliards par an pendant 20ans au moins
Ne soyons pas rêveurs mais plutôt pragmatiques. On n’ose imaginer ce qui sera fait mais on constatera. Plus besoin d’aide maintenant qu’on joue dans la cour des grands
A rembourser les surendettements de Macky Sall, pendant plus de 50 ans…