Opinion – Sénégal Black Rainbow https://www.senegalblackrainbow.org Fri, 14 Jan 2022 03:02:22 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.8.3 145175315 VOUS AVEZ DIT « CULTURE » ? https://www.senegalblackrainbow.org/2022/01/14/vous-avez-dit-culture/ https://www.senegalblackrainbow.org/2022/01/14/vous-avez-dit-culture/#respond Fri, 14 Jan 2022 03:02:22 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39631 Il serait sans doute bien difficile de déterminer à partir de quel moment le mot culture a pris le sens que nous lui donnons aujourd’hui.

Si le mot varie d’une langue à l’autre, le concept est à peu de choses près le même dans toutes les civilisations. Voici la définition qu’en propose le dictionnaire en ligne CNRTL : « travail assidu et méthodique (collectif ou individuel) qui tend à élever un être humain au-dessus de l’état de nature, à développer ses qualités, à pallier ses manques, à favoriser l’éclosion harmonieuse de sa personnalité», Cette belle définition est aujourd’hui sans doute un peu réductrice. Pour ma part, je serais enclin à dire que la culture c’est avant tout un ensemble de valeurs dans lesquelles un groupe humain peut s’identifier. Autrefois, la culture était principalement régionale : la cuisine, le vêtement, les coutumes… En France on pouvait parler de culture bretonne comme de culture provençale ou alsacienne, cela avait un sens. Mais en retour, plus un pays était morcelé en entités culturelles distinctes, moins ses habitants avaient le sentiment d’appartenir à la même nation. Avec le temps, les cultures locales se sont transformées en folklore, les habitants sont devenus des citoyens et l’État est devenu Nation. Le jour n’est sans doute pas éloigné où ces nations perdront elles-mêmes leur identité culturelle, au profit d’entités culturelles élargies où chacun pourra encore s’identifier, la mondialisation nous en apporte chaque jour des exemples.

Partout en Occident, les musées jouent un rôle majeur et l’on n’hésite pas à traverser les océans et faire des heures de queue pour aller voir telle ou telle exposition.

Nous sommes à l’heure où les pays d’Afrique Noire prennent conscience de la valeur culturelle de leur patrimoine sculpté, constitué de toutes les œuvres héritées des générations passées, dont certaines remontent au 10° siècle avant l’ère commune, précédant l’apparition de l’art classique grec, il n’est pas inutile de le préciser. Nous ne nous attarderons pas sur les motifs qui furent la cause d’un rejet de la statuaire traditionnelle : qu’il suffise de dire qu’à un certain moment de l’histoire ces objets ont été perçus dans toute l’Afrique comme les témoins d’une époque révolue et d’une histoire douloureuse à laquelle chacun voulait échapper pour rentrer dans le monde moderne. La honte et la peur d’être traité d’idolâtre, la conversion au monothéisme, l’accès à l’instruction à travers l’école ou les modèles occidentaux proposés par la télévision furent à l’origine du rejet global de tout ce qui était relié aux anciennes pratiques magico-religieuses. Les objets traditionnels furent abandonnés dans le bois sacré pour certains, brûlés pour d’autres, vendus pour la plupart. Les appropriations forcées restent l’exception, malgré un tapage médiatique qui voudrait faire accroire le contraire.

Les anciens pays colonisateurs, que ce soit par souci d’équité ou par repentance, s’engagent peu à peu vers des restitutions du patrimoine détenu dans leurs musées. En Afrique, les capitales, Abidjan, Bamako, Cotonou, Dakar, Lomé, Kinshasa, se dotent de musées modernes prêts à recevoir les vieux bois de retour d’exil. Mais cela garantira-t-il le succès d’une véritable politique culturelle en matière de musées et d’arts anciens ?

Ne nous voilons pas la face, la plupart des états africains confondent encore culture et folklore. Les ministères subventionnent abondamment des danses folkloriques, des groupes de musiciens, tout ce qui réjouit les foules : le peuple a besoin de se divertir. D’innombrables chaînes de télévisions font la promotion à longueur de journéed’hommes et de femmes qui se trémoussent au son du tam-tam ou de la musique électronique. Mais quel impact culturel à long terme ? Quel lien culturel entre la danse des Kankourang à Mbour et une cérémonie chez les Bédik de Casamance ou chez les Dogon du Mali ? Insignifiant à l’échelon national et nul à l’échelon panafricain. Nous sommes résolument dans un folklore local qui s’adapte de plus en plus à la demande touristique, sans aucun effet sur la culture telle qu’il faut l’envisager dans sa définition moderne car le mot culture ne saurait en aucun cas s’apparenter à des phénomènes identitaires.

À travers le monde entier, le meilleur véhicule de la culture est le musée. Ce qui importe aujourd’hui, en matière de politique muséale, c’est d’échapper à l’ethnocentrisme culturel. On ne doit pas parler pays, tribu, ethnie, on doit parler Afrique et replacer l’Afrique sur la carte de l’Histoire mondiale. Si nous prenons l’exemple du Bénin qui recevra prochainement les statues que s’était accaparées le général Dodds en vertu de l’antique coutume des dépouilles opimes, quelle sera sa communication ? Sera-t-il question de l’insatiable appétit de conquête des Fon qui ont porté la guerre chez tous leurs voisins, au sud pour l’accès à la mer et le contrôle du négoce négrier et au nord pour la capture d’hommes destinés à être sacrifiés par centaines ou vendus comme esclaves ? Permettez-moi d’en douter, l’histoire détournera pudiquement le regard car ce sont des pages que tous les béninois voudraient oublier, et c’est bien naturel : on ne peut responsabiliser les Blancs pour la traite négrière et avouer que l’on était amplement partie prenante dans cet épouvantable commerce. Quand bien même la vérité serait dite, qu’en retiendrait le visiteur ? Un gros plan sur l’image d’un lieu, d’une époque, d’évènements qui se sont produits il y a un siècle ou deux. Certains pourront même penser que si les Blancs ont mis fin à ces pratiques, leur arrivée aura été somme toute bénéfique. Cela ne mène à rien. Peut-être faudra-t-il avouer l’inavouable, et, pourquoi pas, mettre en parallèle la «barbarie» des africains et celle des européens dans les derniers conflits mondiaux (l’offensive du Chemin des Dames en 1917 a envoyé à la boucherie 350 000 soldats, sacrifiés sur l’autel de la guerre…). Le musée doit donner à réfléchir, ouvrir les esprits, inciter au respect et à la tolérance.

Cheick Anta Diop prônait le panafricanisme. Ses théories sur l’appartenance à un tronc commun qui aurait engendré l’Égypte pharaonique n’avait d’autre but que de rapprocher les hommes avant que de rapprocher les nations, noble et digne projet. Si cet objectif politique ne semble pas près d’être atteint, la chance est donnée aujourd’hui à toute l’Afrique Noire de créer un lien culturel fort entre les ethnies de toutes les nations au moyen d’une politique muséale commune, novatrice pour le continent.

État des lieux

À l’heure où nombre de pays africains s’apprêtent à recevoir un patrimoine indispensable à l’éveil culturel des populations, il convient de se demander de quelle manière ce patrimoine va être exploité pour profiter au plus grand nombre.

En matière de politique muséale, l’Afrique est un enfant pauvre. Il est vrai que le colonisateur qui n’hésitait pas à enseigner «nos ancêtres les Gaulois» aux petits africains n’a fait aucun geste pour donner à voir l’art universel que l’on peut admirer un peu partout dans les musées européens.

En Afrique, l’art se devait d’être enfermé dans son africanité. Ces musées d’art africain s’adressaient prioritairement aux européens, non sans arrières pensées politiques, puisque la présentation des œuvres ethnie par ethnie rendait compte de la mosaïque de peuples que le colonisateur se devait de fédérer : c’était la métaphore absolue de l’anti culture, puisque la culture c’est avant tout un ensemble de valeurs dans lesquelles un groupe humain peut s’identifier au sens le plus large. Plutôt que de compartimenter le pays en groupes ethniques il eut mieux valu défendre les valeurs historiques et culturelles partagées qui s’étendaient bien au-delà des frontières administratives issues de ce souk géopolitique que fut la conférence de Berlin en 1885. Le président Omar Bongo a prononcé un jour ces mots pleins de sagesse : « c’est en brisant l‘histoire, les traditions et l’unité des peuples africains que le pouvoir colonial s’est imposé. C’est donc l’histoire, les traditions et l’unité des peuples qu’il faut rétablir pour redevenir nous-mêmes. Recherchons ce qui nous rapproche, et nous réduirons alors progressivement les facteurs qui nous divisent ». Tout est dit.

Les indépendances portèrent un coup fatal à la plupart des musées africains. Les œuvres autrefois protégées par des conservateurs passionnés autant qu’érudits tombèrent en déshérence et devinrent des objets de commerce en même temps que l’Afrique se vidait de son patrimoine sous la pression des conflits ethniques et d’une demande occidentale sans cesse croissante. Le phénomène, amorcé au début du 19° siècle est devenu universel jusqu’au milieu du 20°. Il est bon de rappeler ici que l’Afrique ne jouit pas d’un statut particulier en la matière : de très nombreux pays de par le monde ont subi le même sort… Navrant constat, soixante ans après les indépendances, la situation en Afrique n’a guère évolué, et si les musées ont essaimé un peu partout, la qualité des collections, la présentation et les explications sont généralement très en dessous du niveau acceptable pour un musée digne du nom.
Vers une nouvelle politique muséale

Un musée ne doit pas être un lieu où les œuvres sont vouées à être des objets de contemplation. Si le plaisir ou l’émotion esthétique sont indispensables pour capter l’intérêt du visiteur, l’objectif final doit être l’éducation, la connaissance, le partage, en bref, des valeurs universelles qui rapprochent et fédèrent des individus venus d’horizons culturels différents. Le musée, c’est le plat dans lequel chacun vient manger, le feu vers lequel chacun vient se réchauffer, la musique qui donne à chacun l’envie de danser. Pour parvenir à ses fins le musée doit s’adresser à l’esprit aussi bien qu’au regard.

Une politique muséale cohérente doit donc tenir compte du fait qu’il n’y a pas de culture s’il n’y a pas de partage. Contrairement aux idées reçues, un grand musée national dans la capitale – comme il est de règle – ne sert que très peu la cause de la culture. Ces musées agissent comme une vitrine promotionnelle à l’adresse des étrangers qui visitent le pays, mais quel impact sur les populations de l’intérieur ? Insignifiant, pour des raisons d’éloignement, de moyens et souvent d’ignorance.

La place du musée national

S’agissant du musée national, il doit se démarquer en montrant, en plus de l’art africain, de l’art classique provenant du monde entier : une statue grecque, un bouddha japonais, une peinture lamaïque du Tibet, un masque des Eskimos, une peinture renaissance ou cubiste… Il ne faut pas tomber dans le piège colonial d’enfermer le public africain dans l’art africain mais il faut au contraire l’ouvrir à l’art universel. Le président Wade allait résolument plus loin puisqu’il déclarait dans un livre paru en 2005 :« Ces objets d’art, masques, sculptures, parures diverses, sont nos ambassadeurs dans les autres civilisations. Ils sont les témoins de notre civilisation, de notre culture. Leur rapatriement relèverait du nombrilisme. À quoi cela sert-il de nous autocontempler ? De tous les arts non européens, seul l’art africain, ce qui est la preuve de son universalité, a autant pénétré l’Occident. Au demeurant, les moyens d’entretien de nos musées faisant défaut, ces objets seraient vite détériorés. Laissons-les donc dans les musées d’Europe ou d’Amérique, qui ont d’importants moyens financiers et disposent de moyens techniques de conservation. Ils y seront encore dans mille ans…en échange, l’Europe pourrait nous offrir des peintures, des Goya, Delacroix ou Vlaminck, que nos populations n’auront jamais la possibilité de connaître. C’est pour cette raison que, réagissant contre la thèse du retour, je m’adressais aux Européens à Saint-Louis au Sénégal, en 1976, en ces termes : « gardez nos masques, mais donnez-nous des Delacroix !)… »
Pour la création de musées régionaux

Dans les pays sans tradition de musée, on ne doit pas demander aux individus de fréquenter spontanément des lieux culturels. Ce sont les lieux culturels qui doivent aller à la rencontre de la population, jusqu’au jour où ils sont intégrés dans le quotidien et où leur visite devient un plaisir pour la majorité.

Des enquêtes ont révélé que les gens qui visitent les musées sont ceux qui y sont allés accompagnés par leurs parents lorsqu’ils étaient enfants. Si l’implantation de musées dans les provinces est une nécessité, leur fréquentation prendra du temps, et c’est pour cela qu’il faut se dépêcher d’agir. Rappelons-le, car c’est important, il faudra éviter la tentation de l’ethnocentrisme culturel local. Le musée doit, d’abord et avant tout, rendre hommage à l’histoire collective et aux valeurs partagées des peuples d’Afrique. L’approche doit être thématique avant d’être ethnique. Si le musée provincial peut servir les populations locales, que l’on habite Saint Louis, Yamoussoukro, Franceville ou Foumban on doit retrouver dans la visite un fond de valeurs communes. Idéalement, on peut envisager le musée comme une suite de cercles concentriques, le cercle le plus large symbolisant la culture au niveau du continent, puis chaque cercle successif figurant les cultures sous régionales, régionales et au centre la culture vernaculaire du lieu où il se situe. Ce n’est qu’en assumant la cohérence d’une politique culturelle à l’échelon des régions que l’on obtiendra un résultat bénéfique pour l’ensemble de la population.

Un musée national dans la capitale ne résoudra rien, nous nous en sommes expliqué. Dix petits musées bien gérés dans les provinces apporteront un bien meilleur résultat que le somptueux musée à Dakar ou à Bamako. Dans cette perspective, chaque musée provincial doit être envisagé comme un tentacule relié au musée national : il doit en être le prolongement en même temps qu’il se doit d’être autonome.

Une réalisation de référence

On pourrait penser que la mise en œuvre d’une telle politique nécessiterait de mobiliser des fonds considérables. C’est faux. Nous prendrons l’exemple du Mahicao, Musée d’Art et d’Histoire des Cultures d’Afrique de l’Ouest implanté à Djilor Djidiack au Sénégal à 150 km au sud de Dakar. Issu d’une initiative privée, ce musée a mobilisé un capital d’environ cinq cent millions de francs cfa, bâtiment et collections compris. Ouvert depuis 2018, il ne cesse de voir augmenter le nombre de ses visiteurs, même pendant la crise sanitaire de la Covid 19. Ses résultats d’exploitation sont positifs et permettent de payer le personnel, de subvenir au fonctionnement et à l’entretien, bref, il rapporte davantage qu’il ne coûte. Il est devenu un moteur économique pour le village et la région : les gens n’hésitent pas à faire le déplacement depuis Dakar pour le visiter. C’est la raison pour laquelle l’Académie Diplomatique Africaine (ADA)basée à Dakar a établi un partenariat avec le Mahicao, qui est envisagé comme le musée référent dans le cadre de son projet de création de musées dans les provinces, au Sénégal pour commencer. Grâce aux excellents résultats du Mahicao en terme de fréquentation, de satisfaction et de trésorerie, il est démontré que nous ne sommes pas dans un énième projet utopique mais dans la réalité concrète et positive. Dès sa conception en 2009, le musée Mahicao a été envisagé pour pouvoir être dupliqué à moindre coût. L’intention présente n’est pas d’expliquer comment faire, nous y reviendrons peut-être une autre fois, mais de convaincre que ce type de réalisation est tout à fait réalisable et économiquement viable.
La mise en œuvre de mesures incitatives

On ne peut envisager de politique culturelle et muséale sans de fortes mesures incitatives, comme c’est la règle aujourd’hui dans tous les états modernes : c’est une façon intelligente de dynamiser la croissance du secteur culturel et par ricochet du secteur touristique. Contrôler la sortie du patrimoine ne suffit pas : c’est une mesure bancale si l’on n’encourage pas l’entrée d’un nouveau patrimoine. C’est maintenir le patient en vie sans le guérir pour autant. Il faut commencer – et c’est une aberration que cela ne soit pas déjà fait – par supprimer tous les droits et taxes pour les œuvres d’art de toutes sortes qui rentrent sur le territoire national : chaque œuvre qui entre au pays, moderne ou ancienne, quelle qu’en soit l’origine, enrichit le patrimoine artistique et culturel du pays. Elles agissent comme autant de graines qui fécondent les esprits. Aujourd’hui encore, les œuvres d’art africain qui retournent en Afrique sont taxées d’importants droits douaniers, cela n’est pas admissible. Il faut ensuite mettre en place des mesures incitatives au niveau fiscal par le biais de déductions d’impôts, du mécénat d’entreprise, d’exonérations pour les associations reconnues d’intérêt général. Il est temps de s’engager dans une politique culturelle hardie : Il faut encourager la défiscalisation pour les aides à la construction de musées ou à l’acquisition d’objets de collection. Les lutteurs, les footballeurs, les musiciens devraient pouvoir s’honorer de subventionner des projets muséaux : ils réaliseraient des économies d’impôt et se feraient les champions de la culture ! Si un Sadio Mané ou un Yekini sponsorisait un musée dans leur région natale au Sénégal, il ne faut pas douter que les jeunes sénégalais seraient plus enclins à aller voir de quoi il retourne ! Les grandes sociétés sénégalaises devraient pouvoir être fières de parrainer des vitrines ou des œuvres. Ce sont là des mesures à prendre d’urgence, pour donner un signal fort aux états européens qui se sont engagés dans la voie des restitutions, pour montrer que l’Afrique ne va pas se contenter de recevoir les œuvres de façon passive, mais qu’elle s’est engagée sur le chemin d’une véritable politique culturelle innovante, dynamique, envisagée à la fois sous l’aspect du développement culturel mais aussi sous celui d’un facteur de croissance économique local et sous celui d’un formidable outil de communication et de cohésion sociale.

Conclusion

En somme, puisqu’il faut conclure, ce n’est pas le retour des œuvres au pays natal qui résoudra la situation de déficit en matière de politique culturelle muséale. Il faut voir beaucoup plus haut et viser beaucoup plus loin. À n’en pas douter, la création de musées provinciaux jouera le rôle de catalyseur touristique, donc d’accélérateur de croissance. Étant rappelé que le secteur de la culture est le troisième employeur européen après la construction et la restauration et que le seul secteur des beaux-arts engendre à lui seul 127,6 milliards d’euros annuellement, l’Afrique ne peut pas se priver d’une ressource dont il est prouvé que les effets dépassent largement le secteur de la culture : tourisme, restauration, artisanat, transports, hôtellerie… Il est patent qu’on ne saurait prétendre être un pays à vocation touristique si l’on ne développe pas une politique efficace de musées régionaux. Le duo de la culture et du tourisme est un moteur économique extrêmement puissant. Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, le patrimoine culturel représente plus de 40 % de l’activité touristique internationale…

Il est grand temps de convoquer au Sénégal des états-généraux de la culture qui ne se limiteront pas aux habitués du sérail mais qui réuniront des conservateurs, experts, collectionneurs et autres spécialistes des questions culturelles pour poser les jalons d’une politique culturelle à l’échelle nationale et internationale en Afrique.

Le poète français Alphonse de Lamartine qualifiait les musées de «cimetières des arts». S’il faut applaudir ces formidables projets de retour des masques et statues ancestraux il faut souhaiter que ce nouveau destin ne soit pas, faute d’une politique culturelle dynamique, qu’un prélude à leur extrême onction.

Réginald Groux

Réginald Groux est Conseiller spécial du président de l’ADA. Ancien marchand d’art, expert, auteur de livres et d’articles, professeur de l’ICART, il se consacre depuis le début des années 2000 à la reconnaissance du patrimoine sculpté traditionnel africain, tant par les peuples qui en sont à l’origine que par les populations issues de l’immigration. Il est Fondateur du Musèe Mahicao à Djilor Djidiack.

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TURPITUDES ET RELIGIONS… https://www.senegalblackrainbow.org/2022/01/08/turpitudes-et-religions/ https://www.senegalblackrainbow.org/2022/01/08/turpitudes-et-religions/#comments Sat, 08 Jan 2022 05:38:28 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39583 Un chef religieux encourage « toutes les démarches légales » contre l’homosexualité

Un des plus hauts chefs religieux du Sénégal a déclaré vendredi « encourager » toutes les démarches légales contre l’homosexualité, après le rejet par le Parlement d’un texte durcissant la répression en la matière, dans ce pays très majoritairement musulman.

Par ailleurs, neuf manifestants antihomosexuels, dont un rappeur célèbre au Sénégal, Abdou Karim Guèye, ont été « arrêtés et conduits » vendredi dans un commissariat de police de Dakar après avoir « brûlé un drapeau arc-en-ciel » devant l’Assemblée nationale, dans le centre de la capitale, après la grande prière musulmane hebdomadaire, a indiqué à l’AFP l’avocat de l’artiste, Me Cheikh Khoureysi Ba.

Le Bureau de l’Assemblée nationale a déclaré mercredi « irrecevable » une proposition de loi réprimant plus durement l’homosexualité.

Dans un communiqué, le khalife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké, se garde d’évoquer le rejet de ce texte. Mais, écrit-il, « nous encourageons toutes les démarches légales visant à lutter contre ce crime odieux et dénonçons toute tentative pour le défendre ».

Le khalife général est à la tête de l’une des plus puissantes confréries religieuses qui caractérisent le Sénégal. Les mourides, d’obédience soufie (sunnite), et les autres confréries jouent un rôle prépondérant, spirituel et temporel sinon politique, dans la vie de ce pays musulman à près de 95 %. Les leaders de ces confréries sont très écoutés.

Dans son communiqué, le khalife dit que « l’une des plus importantes finalités de l’islam consiste à préserver la progéniture et à protéger la société contre la corruption et la dépravation des moeurs ».

Citant le Coran et la tradition, il parle de l’homosexualité comme d’une « turpitude » et de « crime envers le Créateur et contre l’humanité tout entière ». La tradition préconise une « punition sévère », dit-il, dénonçant « vigoureusement toute action » visant à promouvoir l’homosexualité.

La loi sénégalaise punit d’un à cinq ans de prison et d’une amende de 100.000 à 1.500.000 francs CFA (152 à 2.286 euros) « quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe ».

Des voix réclament le durcissement de cette législation. Onze députés ont déposé en décembre une proposition en ce sens, portant les peines de prison à cinq à dix ans ferme et les amendes à 1 million à 5 millions de francs CFA (1.500 à 7.625 euros).

Outre l’homosexualité, la proposition visait « lesbianisme, bisexualité, transsexualité, intersexualité, zoophilie, nécrophilie et autres pratiques assimilées ».

Le Bureau de l’Assemblée nationale a recalé la proposition en invoquant le fait que le code pénal sénégalais réprime déjà « sévèrement » l’homosexualité.

Le gouvernement sénégalais invoque les spécificités culturelles sénégalaises pour refuser une dépénalisation de l’homosexualité.

lepoint.fr

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AIR SENEGAL: LA GROGNE AUGMENTE https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/25/air-senegal-la-grogne-augmente/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/25/air-senegal-la-grogne-augmente/#comments Sat, 25 Dec 2021 15:32:30 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39465 Transports aériens : Une galère nommée Air Sénégal

Si la nouvelle compagnie aérienne, Air Sénégal, a pour ambition d’être le leader du transport aérien ouest-africain, elle s’y prend pour le moment très mal. En effet, beaucoup de personnes se plaignent depuis des mois des retards accusés par ses vols, de la disparition de bagages et du manque de considération envers la clientèle. Tout le monde se rappelle d’ailleurs, au mois de juin dernier, le coup de gueule de l’ancien directeur régional d’Amnesty International et fondateur d’Afrikajom Center, Alioune Tine, sur le réseau social Twitter. A sa suite, il y a eu beaucoup de réactions, disons des récriminations de voyageurs. Ceux du vol Paris-Dakar de dimanche, 19 décembre 2021, ont vécu la pire des galères, comme pour dire que la situation va de Charybde en Scylla.

Dans son tweet, Alioune Tine déplorait les excuses servies par Air Sénégal aux voyageurs et le manque de considération notoire par rapport au fait que les passagers ne fussent informés qu’une fois sur place. Ainsi disait-il : “Air Sénégal doit absolument faire des efforts pour respecter les horaires qu’il fixe. C’est stressant, chaque fois qu’on prend la compagnie nationale avec des retards intolérables et des excuses au bout des lèvres. Prévu pour 15h35 le vol est reporté à 22h40”. Le pire, c’est qu’il n’a été informé de ce retard qu’à l’aéroport.

Il semble bien que, de l’amélioration, il n’y en a pas car les voyageurs du vol Air Sénégal ayant quitté l’aéroport de Paris Charles De Gaulle pour rallier l’aéroport Blaise Diagne du Sénégal ont vécu le pire : quatre heures de retard ! Sans aucune explication convaincante. Plus grave, c’est même le désordre à l’embarquement puisque les passagers ont dû changer au moins trois fois de porte d’embarquement.
A lire aussi : Mali : Eclairage sur la monnaie unique de la CEDEAO : Report du lancement initialement prévu en 2020

Comme si cela ne suffisait pas, les passagers de ce vol qui devaient rejoindre Bamako par correspondance à partir de Dakar ne décolèrent pas contre Air Sénégal. Ils jurent d’éviter désormais au maximum, à l’avenir, de voyager avec cette compagnie à cause d’un manque notoire de considération envers la clientèle. En effet, après 4 heures de retard à Paris, l’avion a atterri à Dakar, sans un quelconque accueil organisé pour les passagers allant à Bamako, Conakry et Nouakchott, ayant raté leurs vols de correspondance à cause du retard depuis Paris. Ces passagers en transit, comme des âmes errantes, sont restés à l’aéroport de 21h à 0h30, abandonnés à leur triste sort. C’est après qu’on se décidât de les acheminer par bus vers un hôtel à Yoff. Mais ils n’étaient pas encore au bout de leur peine puisqu’il leur a fallu attendre jusqu’à 4 h du matin pour se voir attribuer une clé de chambre. “Tous les passagers, entre colère et désarroi, ont juré de ne plus jamais voyager par air Sénégal dont le personnel ne fournit aucun effort pour calmer les sinistrés”, confie une des victimes. Une fois à destination, à Bamako, c’est la prolongation de la galère avec la disparition des bagages. “Moi je suis arrivé finalement avec une valise de moins. Mais pour certains, sans rien du tout. Il fallait voir la queue interminable pour la réclamation interminable à l’aéroport de Bamako…”. Témoigne un autre passager.

Rappelons que la nouvelle compagnie aérienne Air Sénégal a comme ambition déclarée d’être le leader du transport aérien ouest-africain en s’appuyant sur le HUB régional Aéroport International Blaise Diagne (AIBD). Comme précisé sur son site web, “elle se fixe pour mission de desservir aussi bien des lignes intérieures que des lignes internationales”.

En plus, sur cette même page web, il est affirmé de façon péremptoire : “Air Sénégal est une entreprise dynamique imprégnée de la culture sénégalaise et de l’esprit Téranga. Ses principales préoccupations sont la sécurité, la fiabilité et la qualité de l’accueil. Des principes fondateurs mis au service des clients pour leur satisfaction”. A vrai dire, ce qui s’est passé avec le vol du dimanche 19 décembre 2021, un exemple parmi tant d’autres en ce qui concerne la galère des voyageurs d’Air Sénégal, divorce d’avec les déclarations, surtout qu’Air Sénégal affirme être “une compagnie aérienne d’envergure internationale, Air Sénégal se construit aux normes internationales les plus rigoureuses du transport aériens : sécurité, fiabilité et qualité.”

Rappelons que le Tweet d’Alioune Tine avait suscité, en son temps, beaucoup de commentaires sonnant comme une interpellation des plus hautes autorités du Sénégal. “Quand les nationaux vont ailleurs, tout le monde va dire qu’on ne participe pas au développement alors que le professionnalisme fait partie des créneaux de développement. Patienter de 15h à 22h alors qu’il y a les SMS, les mails et les réseaux…”. Disait un internaute.
A lire aussi : Intervention militaire au mali : Le cours des événements donne raison au président Issoufou

Concernant la prestation d’Air Sénégal de plus en plus décriée, la presse sénégalaise s’y est elle-même mise avec ce titre assez évocateur d’un de nos confrères, lundi dernier : “Ça râle et vole très bas à Air Sénégal”.

Si, comme on le déclare, la nouvelle compagnie Air Sénégal est un maillon important dans la construction du “Sénégal émergent”, il est alors temps pour elle de changer de cap car tard vaut mieux que jamais.

Amadou Bamba NIANG/ Aujourd’hui-Mali

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RELANCER ENCORE LE TOURISME… https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/16/relancer-encore-le-tourisme/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/16/relancer-encore-le-tourisme/#comments Thu, 16 Dec 2021 10:20:43 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39374 Relance du tourisme sénégalais post-Covid : La création de pôles d’attraction, une solution

«Le secteur touristique sénégalais souffre d’un manque criard de pôles d’attraction.»
C’est le diagnostic de Doudou Gnagna Diop, expert et promoteur en tourisme. Il animait, hier à Thiès, un symposium sur le thème «Le tourisme et l’hôtellerie comme opportunité pour l’employabilité des jeunes», organisé par les acteurs touristiques de l’Elite école hôtelière et touristique de Thiès (Eeht). Le président de l’Organisation nationale pour l’intégration du tourisme du Sénégal (Onits), regrette que le Sénégal, qui dispose uniquement de pôles d’attraction naturels comme le Lac Rose, Gorée, Saint-Louis, n’a jamais pu créer de pôles d’attraction.
Or, de l’avis de M. Diop, «la relance du tourisme sénégalais post-Covid passera obligatoirement, à travers nos villes et les carrefours de nos villages avec l’implication des autorités locales et des jeunes».
Et donc, estime-t-il, «le Sénégal doit créer des pôles d’attraction qui sont de mini pôles économiques où se trouvent plusieurs activités économiques regroupées dans un espace touristique. Ce qui va permettre aux touristes, une fois au Sénégal, d’être en contact avec les populations locales».
A ce titre, il plaide pour la valorisation de la forêt classée «Alloum Kagne» pour qu’elle puisse devenir un pôle d’attraction touristique. «Il faut que l’Etat crée des centres touristiques au niveau de cette forêt classée pour créer des emplois et lutter contre l’exode rural, comme l’ont fait des pays comme l’Egypte, le Maroc, la Tunisie ou les grands hôtels se trouvent dans des montagnes.» Outre «Alloum Kagne», la vallée de Diobass, la Grande-Côte, Mboro…peuvent aussi devenir, selon Doudou Gnagna Diop, des pôles d’attraction touristiques de la région de Thiès. Ce d’autant, fait-il remarquer, «Thiès a de l’espace patrimonial pour accueillir ce genre de tourisme. Egalement la région, capitale du tourisme aux niveaux régional et national, à quelques encablures du nouvel Aéroport de Diass, en plus de la proximité de Diamniadio, va disposer d’une grande potentialité et d’un espace économique viable.
Thiès va devenir donc, un pôle attractif sur le plan touristique». Ainsi l’expert et promoteur en tourisme demande à la tutelle de se concerter avec les acteurs en permanence. Ceci pour «innover en permanence le secteur en créant de l’émotion via les pôles d’attraction. Soyons différents en évitant les copiés-collés, segmentons l’activité pour éviter le plagiat non constructif, diversifions les produits pour plus d’attractivité», dit-il. Et de suggérer de «récurer la marmite touristique sénégalaise, épurer les infrastructures obsolètes et illégales, telles que les résidences closes qui n’honorent pas l’image de marque de notre destination. Aussi, créer un portail sous forme de plateforme exploitable par région pour une meilleure maîtrise et guidage des sites, créer des bureaux anti chômage, afin d’appuyer les jeunes du secteur à trouver rapidement un stage et un emploi durable».
En somme, soutient l’expert, «il y a aujourd’hui l’opportunité d’innover en grande pompe sur le développement du tourisme intérieur qui va s’en doute booster nos localités par la consommation rationnelle de produits locaux». Surtout que «le tourisme est la première entreprise du monde. Le tourisme érode le chômage des jeunes, il est le moyen de lutter contre l’exode rural. C’est un secteur pourvoyeur d’emplois, parce qu’une infrastructure touristique va créer au minimum 10 emplois, en partant du cuisinier, des serveurs, du gardien, jardinier, de la comptabilité à l’administration». Pour dire, «toute l’importance du secteur qui est un facteur de dé­veloppement socioéconomique qui, indiscutablement, réduit la pauvreté quand il est en croissance et la favorise lorsqu’il est en décroissance». Dans son speech, il a insisté sur le volet formation socioprofessionnelle des jeunes pour, dit-il, «relever la qualité des prestations de services dans les différentes structures touristiques et hôtelières», d’où selon lui, «la création de l’Eeht pour former les jeunes sur tout le territoire national en général et de la Petite-Côte constituant le site balnéaire le plus important du pays, voire de l’Afrique de l’Ouest».

Ndèye Fatou NIANG – [email protected]

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LA COALITION CONTRE LES USINES DE FARINE DE POISSON ET LA MAUVAISE GOUVERNANCE DES PÊCHES https://www.senegalblackrainbow.org/2021/11/29/la-coalition-contre-les-usines-de-farine-de-poisson-et-la-mauvaise-gouvernance-des-peches/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/11/29/la-coalition-contre-les-usines-de-farine-de-poisson-et-la-mauvaise-gouvernance-des-peches/#comments Mon, 29 Nov 2021 15:03:10 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39157 «La venue des sociétés chinoises au Sénégal n’a enrichi qu’un petit groupe de personnes ayant exploité les failles de notre système »

Alors que le Sénégal accueille depuis ce matin le Forum sur la coopération sino-africaine (Focac), la Coalition contre les usines de farine de poisson et la mauvaise gouvernance des pêches a réitéré les demandes qu’elle a toujours portées à l’endroit du ministère de tutelle.

«Ce 29 novembre 2021, le Sénégal accueille le Forum sur la coopération sino-africaine (Focac) afin de booster la coopération entre la Chine et l’Afrique. Notre ministre des Affaires étrangères, Maître Aïssata Tall Sall a déclaré que cette conférence sera un «temps fort » pour faire le bilan des trois années de la coprésidence (Chine-Sénégal), mais surtout pour dégager des perspectives «nouvelles et pertinentes », et que la Chine a été le premier pays pourvoyeur de financement en Afrique », rapporte la Coalition contre les usines de farine de poisson et la mauvaise gouvernance des pêches.

Selon elle, «ces financements de la Chine au Sénégal, dans le secteur de la pêche, sont concentrés dans l’implantation d’usine de farine et d’huile de poisson et dans la «Sénégalisation » de navires chinois pour s’accaparer du peu qui nous reste de poissons, contribuant ainsi à aggraver la surexploitation et le pillage de nos ressources halieutiques, sans parler des problèmes de pollution de notre environnement et de la dégradation du cadre de vie des populations ». Concernant le secteur de la pêche, «notre sentiment est que la venue des sociétés chinoises a largement contribué à appauvrir les communautés de pêche et n’a enrichi qu’un petit groupe de personnes ayant exploité les failles de notre système, en créant des sociétés mixtes nébuleuses et très problématiques pour la gestion durable des pêches. Lesdites sociétés mixtes ont également contribué à réduire les emplois de la pêche artisanale, notamment ceux de la transformation artisanale des produits halieutiques, et à menacer la sécurité alimentaire des populations du Sénégal et de la sous-région », affirme la Coalition. En effet, «chaque année, plus d’un demi-million de tonnes de poisson sont pêchés dans les eaux d’Afrique de l’Ouest pour être ensuite transformés en farine et en huile de poisson dans l’unique but de nourrir les animaux d’élevage en Asie et en Europe. Si l’industrie de la farine de poisson est dévastatrice au Sénégal, elle l’est aussi en Gambie et plus encore en Mauritanie, d’où la nécessité d’unir les forces de la société civile de ces trois pays pour dire que les investissements de la Chine dans le domaine de la pêche sont nuisibles au secteur, car ils menacent des milliers d’emplois et la sécurité alimentaire de millions de personnes en Afrique de l’ouest », d’après elle.

Ainsi, la coalition recommande «une réorientation des financements de la Chine vers d’autres secteurs où les populations sénégalaises trouveraient leur compte (la santé, l’éducation, les industries, les nouvelles technologies de l’information et de la communication, etc…) et réitère les demandes qu’elle a toujours portées à l’endroit du ministère en charge du secteur de la pêche et qui ont trait au gel de toute nouvelle implantation d’usines de farine et d’huile de poisson au Sénégal ; à l’arrêt des usines utilisant du poisson frais pour produire de la farine et de l’huile de poisson ; à plus de transparence dans la gouvernance du secteur de la pêche, en commençant par la publication de la liste des navires de pêche industrielle autorisés à opérer au Sénégal ; à la protection des métiers de la pêche artisanale, et plus particulièrement des métiers de la transformation artisanale et à une gestion efficace et durable des stocks de poissons partagés par les pays côtiers en Afrique de l’Ouest.

Libération sénégal online

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GASPILLAGE DE VACCINS https://www.senegalblackrainbow.org/2021/11/18/gaspillage-de-vaccins/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/11/18/gaspillage-de-vaccins/#comments Thu, 18 Nov 2021 05:17:13 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39041 Le Sénégal a perdu 200.000 doses de vaccins contre la COVID-19 en octobre

Quelque 200.000 doses de vaccins contre la COVID-19 ont été perdues en fin octobre au Sénégal, a révélé mercredi à Dakar, le coordonnateur du Programme élargi de vaccination, docteur Ousseynou Badiane.

Cité par l’Agence de presse sénégalaise, Dr Badiane a indiqué qu’en fin octobre 200.000 doses de vaccins contre la COVID-19 ont été perdues, contre 5.000 doses perdues en septembre.

 »C’est sûr que d’ici décembre nous allons encore en perdre », a-t-il souligné lors d’une communication sur « Vaccins anti COVID-19 au Sénégal : bilan et perspectives »

Revenant sur le taux de vaccination, Dr Badiane a fait savoir que le Sénégal a reçu 3.918.868 vaccins, mais, selon lui, à la date du 15 novembre 2021, « seuls 50 % des doses ont été utilisés ».

Il existe dans le pays quatre vaccins : AstraZeneca, Sinopharm, Johnson and Johnson et Pfizer.

« Quelque 1.308.266 personnes ont au moins reçu une dose et 908.961 personnes sont complètement vaccinées », a-t-il expliqué, précisant qu' »actuellement le défi reste l’adhésion des populations à la vaccination et la gestion des vaccins ».

La vaccination contre la COVID-19 vise la réduction de la morbidité et la mortalité liées à la maladie depuis le démarrage de la campagne au Sénégal depuis le 23 février.

Les autorités sanitaires veulent à la fin du 1er semestre 2022, vacciner au moins 55 % de la population totale (cible 18 ans et plus), dont 20 % et 35 % supportés respectivement par COVAX et la Banque mondiale.
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LE SALOUM EN DANGER https://www.senegalblackrainbow.org/2021/10/31/le-saloum-en-danger-2/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/10/31/le-saloum-en-danger-2/#comments Sun, 31 Oct 2021 03:20:11 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=38903 La biodiversité du delta du Saloum sous ’’forte pression’’

Le delta des îles du Saloum est soumis à une forte pression due aux actions anthropiques, liées notamment à la pêche et à l’agriculture, soutient le gestionnaire de cette réserve de biodiversité située dans la région de Fatick.

« Il y a une forte pression sur le delta du Saloum, avec la pêche, l’agriculture et les changements climatiques », a souligné Mahécor Diouf, par ailleurs directeur du Centre d’interprétation de Toubacouta, dans un entretien avec l’APS dans le cadre d’un séminaire en partenariat avec la Fondation Konrad Adenauer.

La baisse de la pluviométrie et la salinisation des terres constituent aussi des menaces pour la biodiversité de cette partie du Sénégal, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2011.

Le delta du Saloum, couvrant quelque 180 000 hectares, compte parmi les zones humides considérées d’importance mondiale. Il figure sur la liste des Réserves de la biosphère de l’UNESCO et abrite le deuxième plus grand parc national du Sénégal, qui s’étend sur près de 100 000 hectares dans la zone centrale du delta.

Il constitue un univers amphibie, où l’eau et la terre s’entremêlent pour former un dédale fascinant d’îles et de bras de mer, à travers zones marines ou intertidales, plages et vasières, chenaux étroits ou larges bras de mer, mangroves, savanes et forêts sèches.

Des milieux caractérisés par leur diversité et qui se côtoient pour créer une mosaïque de biotopes offrant le gîte et le couvert à une faune très riche et diversifiée.

Selon le gestionnaire de cette réserve, l’exploitation des produits halieutiques et de la mangrove a pris de l’ampleur dans la zone, malgré l’existence d’une aire marine protégée.

Le repos biologique qui a toujours existé de manière traditionnelle dans cet estuaire, à travers les sites sacrés, a commencé à être délaissé par les populations, a dit Mahécor Diouf.

’’Il y avait des bolongs sacrés, où il ne fallait pas pêcher’’, en raison de croyances totémiques, a-t-il expliqué. ’’Aujourd’hui, les gens commencent à démystifier ces croyances’’.

Les services en charge de la gestion du delta essayent d’inventorier ces sites sacrés et de former des personnes ressources pour faire revenir les sites en question, a-t-il renseigné.

Des actions de sensibilisation sont en cours pour amener les populations à comprendre les enjeux de la préservation de leur environnement, qui regorge d’un important potentiel écotouristique.

Mahécor Diouf a relevé les limites des mesures que l’Etat a tendance à ’’imposer’’, pour la protection de la biodiversité, et auxquels il y a toujours dit-il des contrevenants.

Doté d’une diversité de paysages et d’un écosystème particulier, avec 60 000 ha de mangrove, le delta du Saloum est le 3-ème site d’accueil d’oiseaux de l’Afrique occidentale, avec plus de 250 espèces.

Il compte deux sites servant de reposoirs et de sites de nidification pour des oiseaux en provenance d’Europe.

La réserve de biosphère du delta du Saloum s’étend sur environ 500.000 ha. Elle comprend 72.000 ha de zone maritime, 23.000 ha de zone estuarienne et 85.000 ha d’îlots terrestres.

ADI/BK/APS

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LA PÊCHE À L’AGONIE https://www.senegalblackrainbow.org/2021/10/25/la-peche-a-lagonie/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/10/25/la-peche-a-lagonie/#comments Mon, 25 Oct 2021 05:12:35 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=38849 Les acteurs demandent une meilleure gouvernance des ressources halieutiques, car le secteur meurt à petit feu. Parallèlement, l’émigration clandestine bat son plein, malgré les nombreuses arrestations de migrants

La pêche sénégalaise connait actuellement des difficultés dues à la forte pression exercée sur la ressource. Cette situation, qui est la résultante d’une mauvaise gestion et de l’exploitation irrationnelle des ressources halieutiques, risque d’hypothéquer la durabilité du secteur. Et dans ce tableau, la pêche artisanale souffre le plus, car étant considérée comme informelle. Elle semble être réduite à des systèmes isolés d’extraction de ressources, alors qu’elle doit être considérée comme un système intégré, diversifié, pourvoyeur de services durables. C’est fort de ce constat que la Confédération africaine des organisations de la pêche artisanale (Caopa) a pris l’initiative de tirer la sonnette d’alarme.

Elle a convié à un panel, avant-hier, qui a regroupé des spécialistes des différents aspects de la gouvernance de la gestion des pêches et des acteurs professionnels de la pêche artisanale pour réfléchir sur les orientations d’axes stratégiques qui pourraient être prises, pour asseoir une bonne gouvernance du secteur des pêches maritimes du Sénégal et principalement pour le sous-secteur de la pêche artisanale. Les acteurs dressent un diagnostic sans appel : ‘’le sous-secteur de la pêche artisanale est malade’’.

En septembre 2020, EnQuête dans un dossier intitulé ‘’Pêche sénégalaise, poissons en eaux troubles’’ alertait déjà sur la gravité de la situation. Un an après, tout porte à croire que les choses empirent. ‘’La situation de crise qui sévit dans le secteur, présentement, est sans équivoque. Dans certaines localités, elle persiste, depuis presque 10 mois. Les acteurs ne disposent pas de matières premières pour développer leur activité, certains quais de débarquement sont approvisionnés par des produits de pêche provenant de l’extérieur et notre secteur souffre encore d’une absence de données statistiques fiables, mais aussi, d’une bonne mise en œuvre de la cogestion pour le développement durable de la pêche. Le diagnostic concerne la consommation, en passant par l’exploitation, la valorisation sans oublier la gouvernance et le partage équitable des revenus’’, dépeint le président du Conseil national interprofessionnel de la pêche artisanale au Sénégal (Conipas).

Samba Guèye s’inquiète pour tous ces Sénégalais qui, comme lui, sont privés de la consommation de viande pour des raisons de santé. ‘’On n’a que le poisson et encore quel poisson on mange ! Renchérit-il, C’est vraiment un cri de cœur’’.

Les prix passent du simple au triple

Au Sénégal, le poisson représente une importante source de protéines animales pour les populations sénégalaises à qui il procure environ 70% d’apport protéique. Aussi, la pêche constitue une composante essentielle de la politique de l’État en matière de sécurité alimentaire. Mais, selon le président de la Caopa, ‘’c’est inquiétant, quand, au niveau des quais de débarquement et des sites de transformation, les femmes transformatrices se procurent du poisson congelé qui nous vient des pays limitrophes tels que le Maroc. A mon avis, c’est plus qu’inquiétant. La responsabilité est partagée entre les acteurs, les décideurs et les consommateurs qui ne sont pas toujours exigeants vis à vis du produit halieutique qu’ils consomment. Je n’imagine pas le Sénégal rester une semaine sans consommer le poisson. Ces étrangers qui viennent pêcher chez nous, leurs eaux étaient plus poissonneuses que les eaux sénégalaises. Demain, si la situation se renversait, aurions-nous la possibilité d’aller pêcher chez eux ?’’, interroge Gaoussou Guèye.

Selon lui, le Sénégal dispose de tous les instruments nécessaires à une bonne gouvernance du secteur (le Conseil consultatif maritime, la lettre de politique sectorielle, les organisations de la pêche, les CLPA, le Code de la pêche).

Du côté des femmes transformatrices, la situation s’aggrave. ‘’Nous achetons le poisson au même prix que le consommateur. La caisse de Sompate (carpe) de 20 kilos est à 18 000 F CFA, or c’était le prix d’une caisse 60 kilos. Aujourd’hui, on trouve plus, dans les quais de débarquement, des poissons congelés provenant du Maroc et de la Mauritanie. Je crois qu’à l’horizon 2035, il n’y aura plus de poissons dans la mer, car ce qui se passe dans le secteur ne s’est jamais produit par le passé. J’ai fait 25 ans dans le secteur, mais ce qui se passe, depuis deux ans, est extraordinaire. Les petits pélagiques n’ont jamais été destinés à l’exportation, ils servaient à la transformation, ce n’est plus le cas. Le kéthiakh (poisson séché) coûte 1500 F CFA le kilo‘’, détaille la présidente du Réseau des femmes transformatrices, Diaba Diop. Qui plaide pour une réglementation des activités des usines de farine de poisson qui risquent de faire disparaître leur métier.

‘’La recherche est clouée’’

Au chapitre, des équations de ce secteur, les acteurs pointent du doigt une absence de données statistiques. En effet, ‘’la recherche est clouée’’, malgré le plaidoyer récurrent des acteurs. Pourtant, ces données permettent d’anticiper sur les scénarios possibles et de mettre en œuvre de bonnes politiques de développement. Grâce à ces statistiques, le Sénégal pourra gérer ses ressources halieutiques, de manière responsable, tout en définissant les risques d’exploitation. Ces données statistiques sont également un préalable dans l’octroi des licences de pêche, puisqu’elles permettent d’évaluer les stocks disponibles.

Pourtant, depuis 2018, le Sénégal ‘’distribue’’ des licences sans résultats de recherche. ‘’On ne peut pas parler de gouvernance des pêches, sans pour autant avoir des statistiques fiables et pour les avoir, il faut qu’il y ait une recherche participative. Malheureusement, ce n’est pas le cas au Sénégal. Comment peut-on élaborer un politique de pêche, sans avoir les statistiques. Depuis 1981, on nous parle de 600 000 acteurs, or la population a augmenté. Combien de pirogues comptent le Sénégal ? Combien de femmes transformatrices ? Depuis 2015, le recherche n’a fait aucune évaluation sur le potentiel halieutique exploitable au Sénégal. Quel est le nombre de navires qui pêchent au Sénégal ?’’, fustige le président de la Caopa.

Il souligne que les 400 000 tonnes de poissons débarquées, selon le gouvernement, nécessitent une analyse statistique avec des données fiables. Ce, en vue de faire la distinction entre le taux de poissons pêchés au Sénégal et ceux provenant de l’étranger. ‘’La recherche au Sénégal est tributaire des projets, alors qu’elle a besoin de financement propre pour répondre à des sollicitations immédiates. Depuis 2015, le Centre de recherche océanographique de Dakar Thiaroye (CRODT) n’a pas fait d’évaluation. Nous attendons beaucoup de la recherche, mais, cette recherche n’a pas les moyens de jouer pleinement son rôle’’, précise Adama Mbaye, chercheur au CRODT.

L’objectif aujourd’hui, explique le scientifique, est de combiner le savoir empirique et le savoir scientifique, en impliquant les acteurs à la base. De ce fait, le chercheur n’est plus seul dans son laboratoire, mais, va apprendre des populations locales. Selon les acteurs, l’Etat affirme avoir déboursé 300 millions F CFA pour réhabiliter le bateau de recherche qui n’est toujours pas opérationnel. Ils recommandent un bateau de recherche neuf, car, sans recherches halieutiques, estiment-ils, on ne peut pas avoir des politiques pertinentes.

Pendant ce temps, les pêcheurs artisanaux qui en ont assez de se tourner les pouces, ont pris la décision ferme de rallier l’Europe via leurs pirogues. De ce fait, le phénomène de l’émigration a repris de plus belle, avec son lot de drames et d’arrestations (voir ailleurs).

Une absence de transparence

En outre, les professionnels de la pêche exigent plus de transparence dans la gestion des pêches au Sénégal.Et pour eux, le point de départ c’est la recherche.

‘’Peut on parler de transparence dans un pays où on nous refuse la liste des navires étrangers autorisés à pêcher au Sénégal. Aujourd’hui, il y a une perte de confiance entre les acteurs de la pêche et l’administration. Les gens ne parlent plus le même langage, ce sont des conflits internes à n’en plus finir le dialogue est rompu. Et selon les autorités ‘’les ressources halieutiques ne sont pas rares parce que les débarquements ne cessent d’augmenter ‘’, or, débarquement ne signifie pas pêcher dans la Zone économique exclusive (ZEE) sénégalaise.

La part qui est pêchée au Sénégal tourne autour de 30% à 34% selon certaines études. Donc cet argument ne tient plus parce que depuis un certain moment les débarquements ont baissé, nous sommes passés de 515000 tonnes, il y a deux ans à 415 000 tonnes’’, explique Moussa Mbengue secrétaire exécutif de l’Association ouest africaine pour le développement de la pêche artisanale (Adepa). Pour lui, la pêche ne remplit plus sa fonction première : se nourrir, nourrir la population sans rompre l’équilibre écosystémique. ‘’ Or, toutes les politiques de pêche se sont sont soldées par un effondrement des stocks. Elle ne joue plus sa fonction sociale de donner du travail et mettre les gens en liens. Quand les gens mangent du fondé dans les rues de Dakar, c’est parce que probablement il y a un appauvrissement grandissant sans compter l’émigration, les conflits. Nous dépendons maintenant des produits congelés venant d’autres pays pour manger notre Thiebou djeune’’, déplore-t-il. Pour sa part, Gaoussou Guèye fait remarquer que ‘’le seul plan d’aménagement qui fonctionne c’est celui de la crevette profonde.

Le comité d’appui pour la gestion des pélagiques a été remplacé par un autre comité de sept membres où les professionnels n’y figurent pas, il en est de même pour la commission de délivrance des licences. On ne peut pas parler de gouvernance sans parler de transparence. Dans notre pays, c’est comme si la transparence est un privilège, à mon avis la transparence est un droit d’autant plus que la ressource halieutique appartient aux populations’’. Par ailleurs, il est demandé à l’Etat du Sénégal de définir clairement et juridiquement le modèle de cogestion en fonction des crises et mutations actuelles. Il doit permettre la liberté d’expression, un environnement propice à la participation des acteurs en lieu de l’intimidation exercé par l’Etat.

Emmanuella Marame Faye/seneplus.com

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L’IMMOBILIER A DAKAR https://www.senegalblackrainbow.org/2021/10/06/limmobilier-a-dakar/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/10/06/limmobilier-a-dakar/#comments Wed, 06 Oct 2021 18:17:08 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=38704 Ce boom immobilier contraste gravement avec la pauvreté des Sénégalais

J’aurais été député, la première proposition de loi que j’aurais faite concernerait le foncier. Il faut sauvegarder nos terres et notre foncier de façon plus générale. Je proposerais qu’aucun étranger ne puisse acheter en son nom un terrain s’il n’est pas capable de justifier titre de résidence d’au moins 10 ans.

Pourquoi une telle loi ?

Qui sont les propriétaires des tous ces immeubles qui poussent à Dakar et un peu partout dans les régions ? Seules la drogue et, sa sœur jumelle, la corruption des politiques sont capables d’une telle prouesse.

Les travailleurs sénégalais ne peuvent plus construire. Le prix des terrains est incommensurable aux revenus des citoyens laborieux et honnêtes. Les Sénégalais ne peuvent même plus trouver un loyer décent à Dakar, ils sont stressés au point d’en perdre deux vertus essentielles : la probité morale et l’efficacité ou la rentabilité dans le travail. Chaque fois que le régime change, on note une effervescence dans le domaine de l’immobilier, ce qui fait qu’on n’est pas loin de penser dans les chaumières que derrière chaque grand immeuble dans un pays si pauvre il y a un politicien ou un dealer

Le régime actuel prétend pouvoir lutter contre la spéculation immobilière en rendant accessibles les logements (100.000), mais il y a de fortes chances que cet argent soit englouti comme d’habitude dans l’escarcelle des lobbyistes. La vraie politique sociale se moque de l’interventionnisme intempestif de l’État : la solution c’est de faire de sorte que le Travail devienne lui-même du Capital pour le travailleur. Le Sénégal a de vastes espaces à viabiliser, nous avons plusieurs cimenterie et des producteurs immobiliers compétents : le vrai paradoxe est de ne pas pouvoir faire du salaire des travailleurs une source d’investissement pour acquérir un habitat décent.

Il y a forcément un moyen de trouver une synergie entre travail, habitat, production de ciment et industrie immobilière et ce sera un boom réel de ce secteur. La meilleure façon de lutter contre la spéculation foncière et immobilière, c’est de permettre au travailleur l’accès à un toit : un préfinancement pourrait par exemple remplacer le prêt DMC. Un fonctionnaire a quand même des garanties auprès des promoteurs immobiliers : l’Etat. Pourquoi en plus des terrains octroyés aux corporations (syndicats d’enseignants notamment) ne pas signer des conventions avec des promoteurs qui proposent des locations-ventes à tout nouveau fonctionnaire ?

Dakar étouffe et, au lieu de chercher à lui trouver un supplément d’air par une ceinture verte, on a créé Diamniadio pour le prestige du prince grandiloquent. Une forêt entre Diamniadio et la zone du Cap-Vert en appoint à la forêt de Mbao aurait été doublement bénéfique : d’abord ce serait une barrière « naturelle » artificielle contre les appétences foncières des riches ; ensuite elle constituerait une bouffée d’oxygène pour l’environnement fortement dégradé de la zone. Mais nous savons tous la relation sournoise entre les dirigeants corrompus et le béton : il leur permet à la fois de cacher leur vacuité derrière le gigantisme et de filer des marchés douteux à des amis toujours plus nombreux.

Ce boom immobilier est en contradiction flagrante avec le niveau de vie des Dakarois. Il y a quelque chose qui ne colle pas, et le gouvernement serait inspiré d’ouvrir une enquête sur ce phénomène. Mais comme Harpagon, qui par avarice s’est mis à courir dans tous les sens au point de prendre sa propre main croyant tenir son voleur, nos gouvernants risqueraient de tomber dans leur propre piège.

La corruption doit être combattue non seulement parce qu’elle gangrène l’économie et appauvrit le peuple, mais parce qu’elle est toujours la cause de l’instabilité en Afrique. La politique, la drogue, la corruption et la guerre vont ensemble. Tous les échecs et impasses de la démocratie sont dus à la corruption. Pour une villa, pour de belles voitures, pour de l’argent, des gens ont vendu leur pays. Regardons certains pays voisins : les trafiquants d’armes, les narcotrafiquants ont profondément intégré le système politique de certains États.

Pauvre politicien de métier, tu vends ton pays et ses ressources pour ta mesquine jouissance ! C’est quoi une villa, des voitures, des milliards, pour une vie humaine ? Une villa, si luxurieuse soit-elle, n’est rien d’autre qu’une salle d’attente vers la tombe. L’homme politique devrait être le premier à trouver son compte dans la lutte contre la corruption. Car elle lui ôte tôt ou tard ses moyens d’action, sa vision, bref sa liberté. Or un homme politique sans liberté n’en est pas un, il est plutôt un homme de réseau.

« Aucune des règles régissant ce secteur n’est respectée. Et, l’Etat doit s’assumer » constate avec regret un ingénieur du bâtiment qui a souhaité garder l’anonymat. Selon notre interlocuteur, ces habitations grand standing appartiennent généralement aux hommes du régime en place ».

Parmi les propriétaires, se trouvent des hommes du régime’

« Telle est l’une des raisons avancées par certains courtiers. Selon ces derniers « la mauvaise volonté de l’Etat, observée jusqu’ici relève de ce fait. Ils sont nombreux à avoir des immeubles à loyer très cher dans les quartiers de la Médina, de Fass, de Gibraltar » pour ne citer que ceux-là. Et de renchérir « ils ne seront jamais prêts à perdre ces avantages acquis ».

Les étrangers sont rois dans ce secteur !

Selon l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie, les prix de l’immobilier à Dakar la capitale ont connu une hausse de 256 % en 2017 et l’investissement dans le secteur est très apprécié par les investisseurs locaux, car les rendements sont jugés bons (6 à 13 %).

Mais le plus grand danger qui guette les ruraux, c’est l’accaparement des terres par les promoteurs étrangers de l’agrobusiness. Les paysans sont en train de céder leurs terres par faute de moyen adéquats pour les exploiter et les moderniser. L’Etat devrait songer à protéger les paysans locaux par une nouvelle loi sur le Domaine national. S’il est vrai qu’il faut rentabiliser les terres pour au moins assurer l’autosuffisance alimentaire et l’industrialisation de certaines filières agricoles, ce serait contre-productif d’exproprier les paysans au profit d’étrangers qui ont les moyens et le savoir-faire. La solution n’est pas simple, mais elle commence par la promotion institutionnalisée d’opérateurs autochtones et du consommer local.

Au regard de tous ces enjeux, il semble de plus en plus évident que seule une révolution peut sauver ce pays ; une révolution à l’issue de laquelle un homme libre, vraiment libre, sera placé à la tête de l’État pour faire les réformes que nous connaissons tous, mais que les lobbies rendent impossibles. Un homme libre des appareils politiques et des officines économiques et autres formes de groupe de pression.

Alassane K. KITANE / senenews.com

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LES INCENDIES DE SALY https://www.senegalblackrainbow.org/2021/10/01/les-incendies-de-saly/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/10/01/les-incendies-de-saly/#comments Fri, 01 Oct 2021 04:14:29 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=38657 Saly, Zone balnéaire incendiaire: Les raisons d’un sinistre récurrent

La station balnéaire de Saly a toujours été marquée par une série d’incendies. Même si à chaque catastrophe l’inquiétude est palpable, après un temps, l’oubli s’installe. Seneweb a donné la parole aux acteurs du secteur pour faire focus sur un phénomène récurrent devenu inquiétant.

Pourquoi Saly est-il aussi exposé aux incendies ? Cette question s’impose une fois de plus, après l’incendie qui s’était déclaré à la résidence La Palmeraie. Tous les ans, c’est le même cirque, à la station balnéaire de Saly : on assiste à un ballet des soldats du feu pour éteindre des incendies.

En 2011, 170 villas étaient parties en fumée, emportant tous les biens aux résidences du Port, de la Mangrove et des Orangers. Cela aurait pu être pire, avaient indiqué les résidents qui se réjouissaient que le feu se soit déclaré en plein jour. En 2015, 52 incendies se sont déclarés au niveau du département. Bien que ce soit un phénomène universel, on s’interroge quand même sur leur fréquence à Saly. Une autre question a toujours noué les gorges des résidents de Saly et personne ne souhaite l’envisager : ‘’Si le feu se déclare la nuit ?’’. Malheureusement, cette inquiétude est devenue réalité avec un bilan lourd : un couple et leur fils de 1 an y périront.

« C’est aberrant qu’une station comme Saly soit exposée à des incendies. Il faudrait de la sécurité dans le tourisme. Tourisme rime avec sécurité, on ne peut laisser des gens construire n’importe comment dans une station balnéaire. Ce serait au détriment du tourisme sénégalais. Ce n’est pas bon qu’à l’orée de l’ouverture de la saison on nous dit qu’il y a des incendies. Tout cela c’est la faute de l’État. C’est l’État qui doit orienter une politique touristique dans une station et non les investisseurs. Ces derniers ont un cahier de charges qu’ils doivent respecter », s’est désolé Kopa Ndiaye, acteur touristique.

Pour lui qui travaille dans ce secteur depuis plus de 40 ans, le fait que des incendies se déclarent à tort et à travers « fait peur ».

« Qu’est-ce que les gens qui viennent dans la station diront ? Il faut sécuriser le tourisme qui va de l’hébergement à la restauration », plaide Kopa Ndiaye.

Selon Boly Gueye, président du syndicat d’initiative du département de Mbour et président Compact Yaatal, la chaîne de valeurs tourisme, « On a chaque 2 ou 3 ans, des incendies de ce genre dans la station touristique Saly. Nous n’avons pas respecté les instructions des autorités. Parce qu’il y avait un arrêté qui stipulait qu’on devait ignifuger la paille et le boudin qui se trouvent dans les structures car ils sont trop sensibles au feu. Il y a 3 ans de cela, la résidence Palmeraie avait pris feu. Sur les premières villas, il y avait des incendies de ce genre ».

La paille, l’objet du tourment

D’habitude les incendies dans la station balnéaire sont causés par des accidents domestiques : les barbecues entre résidents, le débroussaillage, le travail de certains ouvriers qui réparent à l’aide de chalumeau.

A Saly, l’objet de tous les tourments est la paille. Élément design du tourisme, elle attire. Dans beaucoup de réceptifs, résidences, domaines, les constructions sont faites avec de la paille, du boudin. Certains militent pour leur suppression, alors que d’autres qui aiment l’exotisme considèrent que les réceptifs doivent garder l’élément design qui symbolise l’Afrique.

« Il faut changer la paille. Pourquoi la paille ? Ce sont les investisseurs qui choisissent la paille pour embellir. Si la paille n’a pas de sécurité, il faut la changer », assure M. Ndiaye.

Boly Gueye de faire savoir : « Le gouverneur avait interdit tout ce qui est paille et boudin, certaines structures avaient commencé à travailler dessus. Mais il n’y a pas eu de suite. Il faut des produits d’ignifugation au niveau de la paille et du boudin. C’est un produit qui, quand on le met sur la paille, quand il y a du feu, ça ne prend pas. Des renforcements de capacités ont été fait dans ce cadre avec les pompiers mais rien n’a été fait ».

Par exemple, l’hôtel Lamantin Beach avait brûlé en janvier 2011. Pour éviter les incendies, les constructions ont été dallées avant la pose de la paille. La dalle peut limiter les dégâts, mais ce n’est point suffisant. D’ailleurs, la Société d’aménagement de la Petite-Côte (Sapco) permet aux propriétaires des résidences de transformer la paille en tuile, en cas de nécessité. Pour Boly Gueye, la solution si on veut garder la paille c’est de l’ignifuger.

Pour effectuer certains travaux dans une domaine, une résidence, un villa ou réceptif, le propriétaire doit déposer une demande de permis de feu à la caserne des sapeurs-pompiers. Après avoir reçu une autorisation, les travaux peuvent être entamés. En outre, la caserne met un élément de la brigade des sapeurs-pompiers à leur disposition pour qu’en cas de catastrophe, les premiers secours puissent être apportés, afin d’éviter la propagation du feu.

A chaque fois, qu’il y a incendie, l’irresponsabilité des ouvriers et le manque de vigilance des résidents sont pointés du doigt.

Dotée de plusieurs citernes de 10 000 litres et d’autopompes qui peuvent fournir 8 lances, la brigade des sapeurs-pompiers de la commune a le matériel pour circonscrire à un feu.

Difficulté d’accès

Mais c’est le non-respect des normes de sécurité au moment de construire qui pose le plus problème. La sécurité est tellement bien prise en compte dans les villas où il serait difficile aux occupants de sortir sans difficulté en cas d’incendie. Les fenêtres des chambres sont barricadées par des grilles. On ne peut les soulever pour faire passer un tuyau d’incendie.

En cas de sinistre, l’autre difficulté dans les résidences, c’est l’accès pour les secouristes. Les allées sont étroites et contiguës. Dans certaines résidences, il n’y a que des couloirs pour les personnes. Même s’il fallait évacuer un certain nombre de personnes, ce serait difficile, vu l’étroitesse des couloirs. Les résidences ne sont pas aux normes sécuritaires, elles ne respectent pas les normes de construction.

« L’isolement n’est pas suffisant, l’accessibilité n’y est pas, s’il y a un feu, ça va cramer

Dans certaines résidences, il y a un matériel minimal qui n’est pas adapté à la lutte contre les incendies. Plusieurs d’entre elles sont dépourvues de moyens de secours. Les sapeurs-pompiers ont toujours du mal à accéder à l’enceinte des établissements atteints par le feu.
La conception et la desserte (les voies d’accès qui permettent d’arriver jusqu’à l’établissement) posent problème.

Sur un parcours de 600 mètres, toutes les villas sont contiguës, il n’y a que des couloirs pour piétons. De ce fait, l’engin des sapeurs-pompiers ne peut pas y accéder. Dès que l’incendie se déclare et se dirige vers l’intérieur, le véhicule des pompiers qui arrive ne peut se garer qu’à une distance de 400 mètres. Alors imaginez qu’il faille établir des tuyaux sur 400 mètres, le temps que cela va prendre pour éteindre le feu.
Ce qui fait qu’ à Saly, il y a un cocktail assez explosif qu’il faudra désamorcer pour sécuriser davantage la station.

Réhabiliter le comité de station

Pour les acteurs, il est temps que les autorités prennent en main la question de la sécurité. La réhabilitation du comité de station serait bénéfique dans ce sens.
« Cela fait 5 ans que le comité de station ne fonctionne plus. Il y a lieu de reprendre les choses en main, on a laissé trop de liberté à la para-hôtellerie. On doit réhabiliter le comité de station qu’il puisse vérifier, contrôler parce que c’est ce qui se faisait avant. Les gens faisaient des visites chaque deux mois dans tous les établissements touristiques. Ce qui permettait de créer de la sécurité, aujourd’hui ces choses n’existent plus à Saly et c’est déplorable » a estimé le président du Compact Yaatal.
Et le manque de suivi dans les prises de décision mine toutes les dispositions entreprises.

Il invite l’État à mettre tous les mécanismes qui puissent leur permettre de mieux sécuriser la station touristique « parce que nous sommes une station pionnière », assure M. Gueye.

Chaque fois, au désarroi, succède la tristesse, puis la promesse de solutions et de mesures concrètes. Des paroles et ensuite l’oubli, jusqu’au prochain incendie. En tout cas, à Saly, les années se suivent et les mêmes sinistres reviennent. Pour combien de temps encore?

Khady NDOYE / Seneweb.com

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