Culture – Sénégal Black Rainbow https://www.senegalblackrainbow.org Fri, 14 Jan 2022 03:02:22 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.8.3 145175315 VOUS AVEZ DIT « CULTURE » ? https://www.senegalblackrainbow.org/2022/01/14/vous-avez-dit-culture/ https://www.senegalblackrainbow.org/2022/01/14/vous-avez-dit-culture/#respond Fri, 14 Jan 2022 03:02:22 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39631 Il serait sans doute bien difficile de déterminer à partir de quel moment le mot culture a pris le sens que nous lui donnons aujourd’hui.

Si le mot varie d’une langue à l’autre, le concept est à peu de choses près le même dans toutes les civilisations. Voici la définition qu’en propose le dictionnaire en ligne CNRTL : « travail assidu et méthodique (collectif ou individuel) qui tend à élever un être humain au-dessus de l’état de nature, à développer ses qualités, à pallier ses manques, à favoriser l’éclosion harmonieuse de sa personnalité», Cette belle définition est aujourd’hui sans doute un peu réductrice. Pour ma part, je serais enclin à dire que la culture c’est avant tout un ensemble de valeurs dans lesquelles un groupe humain peut s’identifier. Autrefois, la culture était principalement régionale : la cuisine, le vêtement, les coutumes… En France on pouvait parler de culture bretonne comme de culture provençale ou alsacienne, cela avait un sens. Mais en retour, plus un pays était morcelé en entités culturelles distinctes, moins ses habitants avaient le sentiment d’appartenir à la même nation. Avec le temps, les cultures locales se sont transformées en folklore, les habitants sont devenus des citoyens et l’État est devenu Nation. Le jour n’est sans doute pas éloigné où ces nations perdront elles-mêmes leur identité culturelle, au profit d’entités culturelles élargies où chacun pourra encore s’identifier, la mondialisation nous en apporte chaque jour des exemples.

Partout en Occident, les musées jouent un rôle majeur et l’on n’hésite pas à traverser les océans et faire des heures de queue pour aller voir telle ou telle exposition.

Nous sommes à l’heure où les pays d’Afrique Noire prennent conscience de la valeur culturelle de leur patrimoine sculpté, constitué de toutes les œuvres héritées des générations passées, dont certaines remontent au 10° siècle avant l’ère commune, précédant l’apparition de l’art classique grec, il n’est pas inutile de le préciser. Nous ne nous attarderons pas sur les motifs qui furent la cause d’un rejet de la statuaire traditionnelle : qu’il suffise de dire qu’à un certain moment de l’histoire ces objets ont été perçus dans toute l’Afrique comme les témoins d’une époque révolue et d’une histoire douloureuse à laquelle chacun voulait échapper pour rentrer dans le monde moderne. La honte et la peur d’être traité d’idolâtre, la conversion au monothéisme, l’accès à l’instruction à travers l’école ou les modèles occidentaux proposés par la télévision furent à l’origine du rejet global de tout ce qui était relié aux anciennes pratiques magico-religieuses. Les objets traditionnels furent abandonnés dans le bois sacré pour certains, brûlés pour d’autres, vendus pour la plupart. Les appropriations forcées restent l’exception, malgré un tapage médiatique qui voudrait faire accroire le contraire.

Les anciens pays colonisateurs, que ce soit par souci d’équité ou par repentance, s’engagent peu à peu vers des restitutions du patrimoine détenu dans leurs musées. En Afrique, les capitales, Abidjan, Bamako, Cotonou, Dakar, Lomé, Kinshasa, se dotent de musées modernes prêts à recevoir les vieux bois de retour d’exil. Mais cela garantira-t-il le succès d’une véritable politique culturelle en matière de musées et d’arts anciens ?

Ne nous voilons pas la face, la plupart des états africains confondent encore culture et folklore. Les ministères subventionnent abondamment des danses folkloriques, des groupes de musiciens, tout ce qui réjouit les foules : le peuple a besoin de se divertir. D’innombrables chaînes de télévisions font la promotion à longueur de journéed’hommes et de femmes qui se trémoussent au son du tam-tam ou de la musique électronique. Mais quel impact culturel à long terme ? Quel lien culturel entre la danse des Kankourang à Mbour et une cérémonie chez les Bédik de Casamance ou chez les Dogon du Mali ? Insignifiant à l’échelon national et nul à l’échelon panafricain. Nous sommes résolument dans un folklore local qui s’adapte de plus en plus à la demande touristique, sans aucun effet sur la culture telle qu’il faut l’envisager dans sa définition moderne car le mot culture ne saurait en aucun cas s’apparenter à des phénomènes identitaires.

À travers le monde entier, le meilleur véhicule de la culture est le musée. Ce qui importe aujourd’hui, en matière de politique muséale, c’est d’échapper à l’ethnocentrisme culturel. On ne doit pas parler pays, tribu, ethnie, on doit parler Afrique et replacer l’Afrique sur la carte de l’Histoire mondiale. Si nous prenons l’exemple du Bénin qui recevra prochainement les statues que s’était accaparées le général Dodds en vertu de l’antique coutume des dépouilles opimes, quelle sera sa communication ? Sera-t-il question de l’insatiable appétit de conquête des Fon qui ont porté la guerre chez tous leurs voisins, au sud pour l’accès à la mer et le contrôle du négoce négrier et au nord pour la capture d’hommes destinés à être sacrifiés par centaines ou vendus comme esclaves ? Permettez-moi d’en douter, l’histoire détournera pudiquement le regard car ce sont des pages que tous les béninois voudraient oublier, et c’est bien naturel : on ne peut responsabiliser les Blancs pour la traite négrière et avouer que l’on était amplement partie prenante dans cet épouvantable commerce. Quand bien même la vérité serait dite, qu’en retiendrait le visiteur ? Un gros plan sur l’image d’un lieu, d’une époque, d’évènements qui se sont produits il y a un siècle ou deux. Certains pourront même penser que si les Blancs ont mis fin à ces pratiques, leur arrivée aura été somme toute bénéfique. Cela ne mène à rien. Peut-être faudra-t-il avouer l’inavouable, et, pourquoi pas, mettre en parallèle la «barbarie» des africains et celle des européens dans les derniers conflits mondiaux (l’offensive du Chemin des Dames en 1917 a envoyé à la boucherie 350 000 soldats, sacrifiés sur l’autel de la guerre…). Le musée doit donner à réfléchir, ouvrir les esprits, inciter au respect et à la tolérance.

Cheick Anta Diop prônait le panafricanisme. Ses théories sur l’appartenance à un tronc commun qui aurait engendré l’Égypte pharaonique n’avait d’autre but que de rapprocher les hommes avant que de rapprocher les nations, noble et digne projet. Si cet objectif politique ne semble pas près d’être atteint, la chance est donnée aujourd’hui à toute l’Afrique Noire de créer un lien culturel fort entre les ethnies de toutes les nations au moyen d’une politique muséale commune, novatrice pour le continent.

État des lieux

À l’heure où nombre de pays africains s’apprêtent à recevoir un patrimoine indispensable à l’éveil culturel des populations, il convient de se demander de quelle manière ce patrimoine va être exploité pour profiter au plus grand nombre.

En matière de politique muséale, l’Afrique est un enfant pauvre. Il est vrai que le colonisateur qui n’hésitait pas à enseigner «nos ancêtres les Gaulois» aux petits africains n’a fait aucun geste pour donner à voir l’art universel que l’on peut admirer un peu partout dans les musées européens.

En Afrique, l’art se devait d’être enfermé dans son africanité. Ces musées d’art africain s’adressaient prioritairement aux européens, non sans arrières pensées politiques, puisque la présentation des œuvres ethnie par ethnie rendait compte de la mosaïque de peuples que le colonisateur se devait de fédérer : c’était la métaphore absolue de l’anti culture, puisque la culture c’est avant tout un ensemble de valeurs dans lesquelles un groupe humain peut s’identifier au sens le plus large. Plutôt que de compartimenter le pays en groupes ethniques il eut mieux valu défendre les valeurs historiques et culturelles partagées qui s’étendaient bien au-delà des frontières administratives issues de ce souk géopolitique que fut la conférence de Berlin en 1885. Le président Omar Bongo a prononcé un jour ces mots pleins de sagesse : « c’est en brisant l‘histoire, les traditions et l’unité des peuples africains que le pouvoir colonial s’est imposé. C’est donc l’histoire, les traditions et l’unité des peuples qu’il faut rétablir pour redevenir nous-mêmes. Recherchons ce qui nous rapproche, et nous réduirons alors progressivement les facteurs qui nous divisent ». Tout est dit.

Les indépendances portèrent un coup fatal à la plupart des musées africains. Les œuvres autrefois protégées par des conservateurs passionnés autant qu’érudits tombèrent en déshérence et devinrent des objets de commerce en même temps que l’Afrique se vidait de son patrimoine sous la pression des conflits ethniques et d’une demande occidentale sans cesse croissante. Le phénomène, amorcé au début du 19° siècle est devenu universel jusqu’au milieu du 20°. Il est bon de rappeler ici que l’Afrique ne jouit pas d’un statut particulier en la matière : de très nombreux pays de par le monde ont subi le même sort… Navrant constat, soixante ans après les indépendances, la situation en Afrique n’a guère évolué, et si les musées ont essaimé un peu partout, la qualité des collections, la présentation et les explications sont généralement très en dessous du niveau acceptable pour un musée digne du nom.
Vers une nouvelle politique muséale

Un musée ne doit pas être un lieu où les œuvres sont vouées à être des objets de contemplation. Si le plaisir ou l’émotion esthétique sont indispensables pour capter l’intérêt du visiteur, l’objectif final doit être l’éducation, la connaissance, le partage, en bref, des valeurs universelles qui rapprochent et fédèrent des individus venus d’horizons culturels différents. Le musée, c’est le plat dans lequel chacun vient manger, le feu vers lequel chacun vient se réchauffer, la musique qui donne à chacun l’envie de danser. Pour parvenir à ses fins le musée doit s’adresser à l’esprit aussi bien qu’au regard.

Une politique muséale cohérente doit donc tenir compte du fait qu’il n’y a pas de culture s’il n’y a pas de partage. Contrairement aux idées reçues, un grand musée national dans la capitale – comme il est de règle – ne sert que très peu la cause de la culture. Ces musées agissent comme une vitrine promotionnelle à l’adresse des étrangers qui visitent le pays, mais quel impact sur les populations de l’intérieur ? Insignifiant, pour des raisons d’éloignement, de moyens et souvent d’ignorance.

La place du musée national

S’agissant du musée national, il doit se démarquer en montrant, en plus de l’art africain, de l’art classique provenant du monde entier : une statue grecque, un bouddha japonais, une peinture lamaïque du Tibet, un masque des Eskimos, une peinture renaissance ou cubiste… Il ne faut pas tomber dans le piège colonial d’enfermer le public africain dans l’art africain mais il faut au contraire l’ouvrir à l’art universel. Le président Wade allait résolument plus loin puisqu’il déclarait dans un livre paru en 2005 :« Ces objets d’art, masques, sculptures, parures diverses, sont nos ambassadeurs dans les autres civilisations. Ils sont les témoins de notre civilisation, de notre culture. Leur rapatriement relèverait du nombrilisme. À quoi cela sert-il de nous autocontempler ? De tous les arts non européens, seul l’art africain, ce qui est la preuve de son universalité, a autant pénétré l’Occident. Au demeurant, les moyens d’entretien de nos musées faisant défaut, ces objets seraient vite détériorés. Laissons-les donc dans les musées d’Europe ou d’Amérique, qui ont d’importants moyens financiers et disposent de moyens techniques de conservation. Ils y seront encore dans mille ans…en échange, l’Europe pourrait nous offrir des peintures, des Goya, Delacroix ou Vlaminck, que nos populations n’auront jamais la possibilité de connaître. C’est pour cette raison que, réagissant contre la thèse du retour, je m’adressais aux Européens à Saint-Louis au Sénégal, en 1976, en ces termes : « gardez nos masques, mais donnez-nous des Delacroix !)… »
Pour la création de musées régionaux

Dans les pays sans tradition de musée, on ne doit pas demander aux individus de fréquenter spontanément des lieux culturels. Ce sont les lieux culturels qui doivent aller à la rencontre de la population, jusqu’au jour où ils sont intégrés dans le quotidien et où leur visite devient un plaisir pour la majorité.

Des enquêtes ont révélé que les gens qui visitent les musées sont ceux qui y sont allés accompagnés par leurs parents lorsqu’ils étaient enfants. Si l’implantation de musées dans les provinces est une nécessité, leur fréquentation prendra du temps, et c’est pour cela qu’il faut se dépêcher d’agir. Rappelons-le, car c’est important, il faudra éviter la tentation de l’ethnocentrisme culturel local. Le musée doit, d’abord et avant tout, rendre hommage à l’histoire collective et aux valeurs partagées des peuples d’Afrique. L’approche doit être thématique avant d’être ethnique. Si le musée provincial peut servir les populations locales, que l’on habite Saint Louis, Yamoussoukro, Franceville ou Foumban on doit retrouver dans la visite un fond de valeurs communes. Idéalement, on peut envisager le musée comme une suite de cercles concentriques, le cercle le plus large symbolisant la culture au niveau du continent, puis chaque cercle successif figurant les cultures sous régionales, régionales et au centre la culture vernaculaire du lieu où il se situe. Ce n’est qu’en assumant la cohérence d’une politique culturelle à l’échelon des régions que l’on obtiendra un résultat bénéfique pour l’ensemble de la population.

Un musée national dans la capitale ne résoudra rien, nous nous en sommes expliqué. Dix petits musées bien gérés dans les provinces apporteront un bien meilleur résultat que le somptueux musée à Dakar ou à Bamako. Dans cette perspective, chaque musée provincial doit être envisagé comme un tentacule relié au musée national : il doit en être le prolongement en même temps qu’il se doit d’être autonome.

Une réalisation de référence

On pourrait penser que la mise en œuvre d’une telle politique nécessiterait de mobiliser des fonds considérables. C’est faux. Nous prendrons l’exemple du Mahicao, Musée d’Art et d’Histoire des Cultures d’Afrique de l’Ouest implanté à Djilor Djidiack au Sénégal à 150 km au sud de Dakar. Issu d’une initiative privée, ce musée a mobilisé un capital d’environ cinq cent millions de francs cfa, bâtiment et collections compris. Ouvert depuis 2018, il ne cesse de voir augmenter le nombre de ses visiteurs, même pendant la crise sanitaire de la Covid 19. Ses résultats d’exploitation sont positifs et permettent de payer le personnel, de subvenir au fonctionnement et à l’entretien, bref, il rapporte davantage qu’il ne coûte. Il est devenu un moteur économique pour le village et la région : les gens n’hésitent pas à faire le déplacement depuis Dakar pour le visiter. C’est la raison pour laquelle l’Académie Diplomatique Africaine (ADA)basée à Dakar a établi un partenariat avec le Mahicao, qui est envisagé comme le musée référent dans le cadre de son projet de création de musées dans les provinces, au Sénégal pour commencer. Grâce aux excellents résultats du Mahicao en terme de fréquentation, de satisfaction et de trésorerie, il est démontré que nous ne sommes pas dans un énième projet utopique mais dans la réalité concrète et positive. Dès sa conception en 2009, le musée Mahicao a été envisagé pour pouvoir être dupliqué à moindre coût. L’intention présente n’est pas d’expliquer comment faire, nous y reviendrons peut-être une autre fois, mais de convaincre que ce type de réalisation est tout à fait réalisable et économiquement viable.
La mise en œuvre de mesures incitatives

On ne peut envisager de politique culturelle et muséale sans de fortes mesures incitatives, comme c’est la règle aujourd’hui dans tous les états modernes : c’est une façon intelligente de dynamiser la croissance du secteur culturel et par ricochet du secteur touristique. Contrôler la sortie du patrimoine ne suffit pas : c’est une mesure bancale si l’on n’encourage pas l’entrée d’un nouveau patrimoine. C’est maintenir le patient en vie sans le guérir pour autant. Il faut commencer – et c’est une aberration que cela ne soit pas déjà fait – par supprimer tous les droits et taxes pour les œuvres d’art de toutes sortes qui rentrent sur le territoire national : chaque œuvre qui entre au pays, moderne ou ancienne, quelle qu’en soit l’origine, enrichit le patrimoine artistique et culturel du pays. Elles agissent comme autant de graines qui fécondent les esprits. Aujourd’hui encore, les œuvres d’art africain qui retournent en Afrique sont taxées d’importants droits douaniers, cela n’est pas admissible. Il faut ensuite mettre en place des mesures incitatives au niveau fiscal par le biais de déductions d’impôts, du mécénat d’entreprise, d’exonérations pour les associations reconnues d’intérêt général. Il est temps de s’engager dans une politique culturelle hardie : Il faut encourager la défiscalisation pour les aides à la construction de musées ou à l’acquisition d’objets de collection. Les lutteurs, les footballeurs, les musiciens devraient pouvoir s’honorer de subventionner des projets muséaux : ils réaliseraient des économies d’impôt et se feraient les champions de la culture ! Si un Sadio Mané ou un Yekini sponsorisait un musée dans leur région natale au Sénégal, il ne faut pas douter que les jeunes sénégalais seraient plus enclins à aller voir de quoi il retourne ! Les grandes sociétés sénégalaises devraient pouvoir être fières de parrainer des vitrines ou des œuvres. Ce sont là des mesures à prendre d’urgence, pour donner un signal fort aux états européens qui se sont engagés dans la voie des restitutions, pour montrer que l’Afrique ne va pas se contenter de recevoir les œuvres de façon passive, mais qu’elle s’est engagée sur le chemin d’une véritable politique culturelle innovante, dynamique, envisagée à la fois sous l’aspect du développement culturel mais aussi sous celui d’un facteur de croissance économique local et sous celui d’un formidable outil de communication et de cohésion sociale.

Conclusion

En somme, puisqu’il faut conclure, ce n’est pas le retour des œuvres au pays natal qui résoudra la situation de déficit en matière de politique culturelle muséale. Il faut voir beaucoup plus haut et viser beaucoup plus loin. À n’en pas douter, la création de musées provinciaux jouera le rôle de catalyseur touristique, donc d’accélérateur de croissance. Étant rappelé que le secteur de la culture est le troisième employeur européen après la construction et la restauration et que le seul secteur des beaux-arts engendre à lui seul 127,6 milliards d’euros annuellement, l’Afrique ne peut pas se priver d’une ressource dont il est prouvé que les effets dépassent largement le secteur de la culture : tourisme, restauration, artisanat, transports, hôtellerie… Il est patent qu’on ne saurait prétendre être un pays à vocation touristique si l’on ne développe pas une politique efficace de musées régionaux. Le duo de la culture et du tourisme est un moteur économique extrêmement puissant. Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, le patrimoine culturel représente plus de 40 % de l’activité touristique internationale…

Il est grand temps de convoquer au Sénégal des états-généraux de la culture qui ne se limiteront pas aux habitués du sérail mais qui réuniront des conservateurs, experts, collectionneurs et autres spécialistes des questions culturelles pour poser les jalons d’une politique culturelle à l’échelle nationale et internationale en Afrique.

Le poète français Alphonse de Lamartine qualifiait les musées de «cimetières des arts». S’il faut applaudir ces formidables projets de retour des masques et statues ancestraux il faut souhaiter que ce nouveau destin ne soit pas, faute d’une politique culturelle dynamique, qu’un prélude à leur extrême onction.

Réginald Groux

Réginald Groux est Conseiller spécial du président de l’ADA. Ancien marchand d’art, expert, auteur de livres et d’articles, professeur de l’ICART, il se consacre depuis le début des années 2000 à la reconnaissance du patrimoine sculpté traditionnel africain, tant par les peuples qui en sont à l’origine que par les populations issues de l’immigration. Il est Fondateur du Musèe Mahicao à Djilor Djidiack.

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LES RESTITUTIONS D’ŒUVRES D’ART https://www.senegalblackrainbow.org/2022/01/03/les-restitutions-doeuvres-dart/ https://www.senegalblackrainbow.org/2022/01/03/les-restitutions-doeuvres-dart/#comments Mon, 03 Jan 2022 05:24:07 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39535 Comment les restitutions d’œuvres d’art à l’Afrique ont débuté et ce qu’il reste à faire

Au British Museum, à Londres, des visiteurs contemplent une exposition controversée de bronzes venant du Bénin. Le musée possède 900 œuvres béninoises et tarde à les restituer.

Captées essentiellement durant la période coloniale, la quasi-totalité des œuvres de l’art africain classique se trouvent aujourd’hui hors d’Afrique. À l’inaliénabilité des collections avancée par les pouvoirs publics, s’opposent désormais des réponses législatives qui cherchent à quitter le terrain symbolique de l’exception pour des restitutions massives, dans quelques pays européens.
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Le 28 novembre 2017, le nouveau président de la République française Emmanuel Macron émet le souhait dans un discours à l’Université de Ouagadougou que « d’ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ». Ses propos font suite au discours tenu à Alger en février de la même année, où, candidat aux élections, il a qualifié la colonisation de « Crime contre l’humanité ».

En mars 2018, l’économiste Felwine Sarr de l’Université de Saint-Louis au Sénégal et l’historienne de l’art Bénédicte Savoy de l’Université technique de Berlin et du Collège de France se voient confier la rédaction d’un rapport officiellement remis huit mois plus tard, en novembre. Il est centré sur une zone majeure de l’ancien Empire français : l’Afrique subsaharienne.
En France, le rapport Savoy-Sarr réitère l’urgence des restitutions

« Il tient compte, précisent autrice et auteur, de l’Histoire et des responsabilités particulières de la France dans cette région du monde (tutelle et exploitation coloniale, décolonisations ratées, politiques patrimoniales centralisatrices), bien différentes de celles de la Grande-Bretagne, de la Belgique, de l’Allemagne ou de l’Italie. »

« Il est difficile de chiffrer précisément la dépossession, rappelle Nora Philippe dans son documentaire Restituer ? L’Afrique en quête de ses chefs-d’œuvre (Arte, 2021), mais personne ne conteste que la quasi-totalité du patrimoine ancien de l’Afrique (…) se trouve très majoritairement en Europe. »

Une première restitution symbolique est celle du sabre dit d’El Hadj Oumar Tall, d’abord prêté au Musée des civilisations noires de Dakar en 2018. L’année suivante, une cérémonie officielle en présence du Premier ministre Édouard Philippe transforme le prêt en promesse de restitution, laquelle est validée en décembre 2020 par une loi votée au Parlement. Cette dernière prévoit aussi la restitution de 26 œuvres du Bénin, qui font partie des pillages orchestrés par le général Dodds lors de la seconde guerre du Dahomey en 1892. Elles avaient ensuite rejoint les collections publiques du Musée d’ethnographie du Trocadéro, puis celles du Musée de l’Homme et enfin du Musée du Quai-Branly Jacques-Chirac en 2003.
La nécessité d’une loi-cadre

Lors de la cérémonie officielle des restitutions vers le Bénin, le 27 octobre 2021, Emmanuel Macron fait part de son désir d’aller vers une loi-cadre afin de ne plus légiférer au cas par cas. Deux semaines plus tôt encore, il a annoncé le retour en Côte d’Ivoire du tambour parleur du peuple atchan. Le 15 décembre, le Sénat présente une proposition de loi, visant à ce que ces restitutions ne soient plus désormais du seul ressort de l’Élysée, autrement dit soumises aux aléas et aux intérêts du pouvoir exécutif et perçues à juste titre comme le « fait du Prince ». « Cette initiative du Sénat a pu être mal interprétée », explique Nora Philippe « car son objet n’est pas de s’opposer aux restitutions, mais d’en assurer une gestion plus éthique ».

Les œuvres détenues dans les collections nationales sont en effet protégées par le principe d’inaliénabilité, ce qui nécessite, en l’absence d’un nouveau cadre juridique, de voter au cas par cas pour créer des exceptions. Comme on l’a vu précédemment, la restitution en bonne et due forme a parfois été changée en un simple prêt renouvelable, pour assurer par exemple dans une totale improvisation la signature d’un contrat de TGV avec la Corée, comme ce fut le cas en 1993 avec le président François Mitterrand. Ce pis-aller a été aussi privilégié pour la restitution en 2020 d’une pièce ornementale du trône de la Reine Ranavalona III à Madagascar, cette fois dans l’attente d’une loi spécifique.

À celle des objets d’art, s’ajoute la question des « restes humains » qui pour être restitués, doivent, eux aussi, faire l’objet d’une demande officielle puis d’une déclassification, comme cela a été le cas pour la dépouille de Saartjie Baartman, dite la Vénus hottentote, en 2002. Le subterfuge du prêt quinquennal a été poussé jusqu’à l’absurde en juillet 2020 quand les crânes de 24 combattants algériens contre la colonisation française ont été renvoyés vers l’Algérie, où ils ont été aussitôt inhumés dans le carré des martyrs du cimetière d’El Alia, où repose la dépouille de l’Émir Abdelkader.
La Belgique et l’Allemagne vont au-delà du symbolique

Ailleurs en Europe, les réponses s’opèrent à différents niveaux, sans volonté commune. En 2005, l’Italie s’est livrée à la spectaculaire et symbolique restitution de l’obélisque d’Axoum, volée en 1937 par le régime fasciste. Cet événement n’a pourtant pas donné lieu à un questionnement plus global, pas plus qu’au Vatican, qui détient pourtant parmi les collections ethnographiques les plus riches au monde et où aucune restitution n’a été jusqu’ici évoquée.
Réinstallation de l’obélisque d’Axoum en Éthiopie, en 2008.
Réinstallation de l’obélisque d’Axoum en Éthiopie, en 2008. © CC-BY-SA-3.0 – Wikimedia Commons/Michel Ravassard

En Belgique, le début de l’année 2022 verra le dépôt d’un projet de loi en vue d’une déclassification massive, qui pourrait concerner jusqu’à 40 000 pièces. Pour le député Wouter de Vriendt, « la Belgique est le premier pays dans le monde qui se lance dans un tel exercice avec cette ampleur. » En Grande-Bretagne, la frilosité du British Museum concernant la restitution des quelque 900 bronzes du Bénin encore en sa possession contraste avec les gestes proposés par les Universités d’Aberdeen ou de Cambridge. Si Londres ne fait rien, l’Allemagne sera le premier pays à restituer les biens pillés par les Britanniques lors de la destruction de Benin City en 1897, dont un millier de pièces sont arrivés dans les musées allemands par le marché de l’art.

Bien entendu, la question des restitutions s’est posée et se pose hors du cadre des conquêtes coloniales. En 2020, Bénédicte Savoy a d’ailleurs consacré une série de leçons au Collège de France intitulée 1815 : année zéro. L’Europe à l’heure des restitutions d’œuvres d’art, où elle s’interroge sur le destin des biens spoliés durant les guerres de la Révolution et de l’Empire.

On peut rappeler aussi les démarches effectuées par la Grèce pour la restitution des frises du Parthénon et bien entendu le travail pionnier de l’Autriche qui pourrait aujourd’hui servir de modèle. En 1998, on y a voté une loi unique en son genre, qui a ouvert la voie à une grande enquête dans les collections publiques afin d’y retrouver les pièces volées par les nazis. Par l’ampleur des spoliations et le déni dont elles ont fait longtemps l’objet, nul ne doute pourtant aujourd’hui qu’en matière de restitutions, l’Afrique soit en première ligne.

Olivier Favier/RFI
https://www.rfi.fr/fr/connaissances/20211231-comment-les-restitutions-d-%C5%93uvres-d-art-%C3%A0-l-afrique-ont-d%C3%A9but%C3%A9-et-ce-qu-il-reste-%C3%A0-faire?fbclid=IwAR0knr6Ua5EEmGRpKEnwbq3NgG4jPysUzxSQUzgRyvU-iNa5jLPE2WUZekU

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L’INTELLIGENCE DU PRIX GONCOURT https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/31/lintelligence-du-prix-goncourt/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/31/lintelligence-du-prix-goncourt/#comments Fri, 31 Dec 2021 00:32:15 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39517 Accusé d’être sous l’influence des lobbys LGBT+ : Mouhamed Mbougar Sarr réagit

Son roman « De purs hommes », qui traite de l’homosexualité et de l’homophobie au Sénégal, a reçu de l’association Verte Fontaine et des Editions du Frigo le Prix du Roman gay. Ce qui a valu à Mouhmaed Mbougar Sarr les foudres de certains sur les réseaux sociaux et sur le continent où ces sujets dérangent.

Interpellé par « Jeune Afrique » lui demandant s’il s’agissait d’ »un cadeau empoisonné », l’écrivain sénégalais répond : « Je trouve étrange qu’il arrive maintenant, pour un roman paru il y a trois ans. J’ai été surpris, mais cela m’a aussi fait sourire. Le prix Goncourt produit de pareils effets : beaucoup en veulent un morceau. »

Allant plus loin, il explique dans les colonnes du magazine panafricain : « Au fond, ce prix m’indiffère, mais je me serais bien passé de la polémique qu’il a générée, qui me prête des intentions invraisemblables et m’éloigne de la littérature [il a été accusé d’être sous l’influence des lobbys LGBT+, Ndlr]. Désormais, quelle que soit la position que j’adopte, elle pourrait m’être reprochée par quelques-uns. C’est la rançon de la surexposition médiatique. »

Sarr soutient qu’il doit « accepter de vivre avec, c’est-à-dire ne pas répondre à toutes les polémiques, refuser de comparaître devant tous les tribunaux institués pour clarifier des positions. Mon tribunal, c’est ma conscience. Mes juges, ce sont mes livres. Je voudrais demeurer un écrivain, quelqu’un qui assume ces moments de tension créés par le langage littéraire, lequel est subtil, ambigu, fait de malentendus. Cette ambiguïté, dérangeante pour certains, moi, m’intéresse ».

Il considère que certaines attaques violentes étaient dirigées contre sa famille. « Elles me touchent, mais ne m’ébranlent pas. J’essaie de comprendre les logiques profondes de ces réactions, même les plus abjectes d’entre elles. Écrire, c’est prendre le risque d’être jugé et incompris. Je ne suis pas le premier écrivain dans cette situation. Je ne serai pas le dernier. Je remercie en tout cas toutes les personnes qui ont défendu la liberté de créer et de s’emparer de tous les sujets dans une perspective romanesque. Il ne s’agissait pas seulement d’un lynchage : il y a aussi eu débat, et il dépassait ma personne pour toucher à des principes », s’est-il défendu dans « Jeune Afrique ».

Aminata SARR – Seneweb.com

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UNE ANNÉE LITTÉRAIRE FASTE POUR LE SÉNÉGAL https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/29/une-annee-litteraire-faste-pour-le-senegal/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/29/une-annee-litteraire-faste-pour-le-senegal/#respond Wed, 29 Dec 2021 00:58:13 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39494 Le pays a rayonné dans le monde des lettres en 2021, qui a vu Mohamed Mbougar Sarr remporter le prestigieux prix Goncourt, et Boubacar Boris Diop se faire attribuer le très renommé prix international de littérature Neustadt

Sarr a remporté cette distinction, le 3 novembre, pour le roman ‘’La plus secrète mémoire des hommes’’ (448 pages), coédité par Philippe Rey (France) et Jimsaan (Sénégal).

A 31 ans, il devient le premier Africain au sud du Sahara à se faire attribuer ce prix et le deuxième noir à l’obtenir, cent ans après René Maran, qui avait été distingué pour son roman ‘’Batouala’’ (208 pages).

A la sélection finale, le jury a préféré le livre de Mohamed Mbougar Sarr à ceux des Français Christine Angot, ‘’Le voyage dans l’Est’’, et Sorj Chalandon, ‘’Enfant de salaud’’, et du Haïtien Louis-Philippe Dalembert, ‘’Milwaukee Blues’’.

‘’Je félicite chaleureusement Mouhamed Mbougar Sarr, lauréat du prestigieux prix Goncourt 2021, pour son roman ‘La plus secrète des mémoires des hommes’. Je suis fier de cette magnifique consécration qui illustre la tradition d’excellence des hommes et femmes de lettres sénégalais’’, a réagi le chef de l’Etat, Macky Sall, sur Twitter, peu après la consécration.

Le président de la République a élevé le lauréat au rang de commandeur de l’Ordre national du Lion du Sénégal, dix jours après que le Goncourt lui a été attribué.

Une vive polémique s’en est suivie, qui concerne, pas le livre pour lequel Sarr a été récompensé, mais le troisième de ses quatre romans, ‘’De purs hommes’’ (191 pages), paru chez Philippe Rey et Jimsaan en 2018 : l’auteur est accusé de faire l’apologie de l’homosexualité, ce dont il se défend.

‘’La plus secrète mémoire des hommes’’, son quatrième roman, est ‘’un chant d’amour à la littérature et à son pouvoir intemporel’’.

‘’Un roman étourdissant, dominé par l’exigence du choix entre l’écriture et la vie, par le désir de dépasser la question du face-à-face entre l’Afrique et l’Occident’’, a jugé l’auteur.

Le roman raconte l’histoire de Diégane Latyr Faye, un jeune écrivain sénégalais qui, en 2018, découvre à Paris un livre mythique, ‘’Le Labyrinthe de l’inhumain’’, paru en 1938.
Une ‘’réputation d’écrivain talentueux’’
Mohamed Mbougar Sarr a également publié ‘’Terre ceinte’’ (264 pages), chez Présence africaine, en 2015. Ce livre a obtenu le prix Ahmadou-Kourouma, et le Grand Prix du roman métis. En 2017, Sarr a fait paraître ‘’Silence des chœurs’’ (416 pages) chez Présence africaine. Ce roman a été récompensé par le prix littéraire du Monde et le prix Etonnants Voyageurs, en 2018.

Le journaliste, écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop a remporté le prix international de littérature Neustadt, le 26 octobre, pour son livre-témoignage sur les cent jours du génocide rwandais, ‘’Murambi, le livre des ossements’’ (220 pages), publié par les éditions Zulma en 2014.

‘’C’est un grand honneur qu’un écrivain africain chevronné, de la stature de M. Diop, ait remporté le prix Neustadt. C’est un point de repère pour le prix et pour la renommée croissante et bien méritée de M. Diop en Occident’’, a écrit Robert Con Davis-Undiano, le directeur exécutif de World Literature Today, un magazine de l’Université d’Oklahoma (Etats-Unis d’Amérique).

Diop a reçu, lui aussi, les félicitations de Macky Sall. ‘’Boris Diop vient confirmer, ainsi, sa réputation d’écrivain talentueux et l’excellence des lettres sénégalaises’’, a réagi le chef de l’Etat.

Le prix international de littérature Neustadt, considéré comme le Nobel américain de littérature, est l’un des rares prix internationaux auxquels poètes, romanciers et dramaturges sont éligibles.

Boubacar Boris Diop a reçu le Grand Prix du président de la République pour les arts et les lettres en 1990, pour ‘’Les tambours de la mémoire’’ (237 pages), ainsi que le prix Tropiques, pour ‘’Le Cavalier et son ombre’’. Son livre ‘’Doomi Golo’’ a été le premier roman à être traduit du wolof en anglais.

Cette année, Diop a donné la conférence inaugurale du deuxième Salon national du livre, du 2 au 5 décembre, à la place du Souvenir africain, à Dakar.

Ailleurs en Afrique, d’autres auteurs ont été distingués. Le 7 octobre, le romancier tanzanien Abdulrazak Gurnah a remporté le prix Nobel de littérature, pour sa narration ‘’empathique et sans compromis des effets du colonialisme et du destin des réfugiés pris entre les cultures et les continents’’. Il est auteur d’une dizaine de romans, dont ‘’Paradise’’ et ‘’Près de la mer’’.

seneplus.com

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L’ARTISANAT PLONGE ENCORE https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/17/lartisanat-plonge-encore/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/17/lartisanat-plonge-encore/#respond Fri, 17 Dec 2021 13:54:38 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39389 L’artisanat durement frappé par le Covid-19

Le secteur de l’artisanat au Sénégal va de mal en pis, depuis l’avènement de la pandémie de Coronavirus, avec la rareté des touristes visitant le pays de la Téranga. Une situation alarmante, qui a poussé de nombreux artisans à se reconvertir dans d’autres secteurs, pour pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles. Mais, certains continuent de se battre malgré les difficultés. Selon Abdou Thioune, un vieux artisan d’une soixantaine d’années, l’État sénégalais aurait d’ailleurs consenti une aide, mais ils n’ont pas vu la couleur de cet argent.

La rue des artisans au grand marché de Sandaga, à Dakar, jadis très animée par les marchandages avec les nombreux touristes qui venaient de partout à travers le monde, est désormais méconnaissable. On y voit plus que quelques artisans assis devant leurs boutiques ou sous sous un arbre, guettant le moindre mouvement des passants, dans l’espoir de trouver d’éventuels clients. C’est la vraie galère. Le premier artisan approché par AFRIK.COM a d’ailleurs demandé d’être payé avant de répondre à nos questions. Trouvé en train d’égrener son chapelet, le vieux Abdou Thioune a dénoncé la situation des artisans au Sénégal. Il dit n’avoir jamais vécu une pareille chose, depuis l’avènement de la pandémie de Coronavirus.

Abdou Thioune« Actuellement au Sénégal, rien ne marche dans le secteur de l’artisanat, en raison de la pandémie de Coronavirus. On ne voit presque plus l’ombre d’un touriste passer par ici. Avant, ils étaient nombreux à venir au Sénégal, surtout durant les trois derniers mois de l’année. Maintenant, il n’y a plus rien. Comme vous le voyez, on peut passer la journée assis sous l’arbre sans rien vendre. Les objets que nous vendons sont un peu chers pour le Sénégalais lambda, mais l’art n’a pas de prix », estime le vieux Abdou Thioune, qui ne sait plus à quel saint se vouer.

« La situation est devenue insupportable. D’ailleurs, beaucoup d’artisans ont été obligés de se reconvertir dans d’autres métiers, ces derniers temps, puisque le secteur ne marche plus comme avant. La location du magasin coûte cher et on ne vend plus assez pour payer le loyer », a-t-il révélé, avant d’ajouter : « j’ai appris que l’État avait versé 160 milliards FCFA pour aider le secteur, qui a été durement frappé par la pandémie. Malheureusement, on n’a rien vu de cet argent. Un seul artisan parmi nous tous ici dit avoir reçu 150 000 FCFA. Pourtant, des agents sont venus nous recenser en prenant les noms et les numéros de téléphone des artisans. A ce jour, nous n’avons rien reçu ».

Même refrain chez le jeune Sam Mbown trouvé devant sa boutique, ce jeudi 16 décembre, en début d’après-midi. « Depuis le début de la pandémie de Coronavirus, les touristes ne viennent plus par ici. C’est très difficile pour nous. Depuis ce matin, je n’ai encore rien vendu. Nous avons de la famille à nourrir. Nous prions que la pandémie soit définitivement derrière nous, afin que les touristes commencent à revenir au Sénégal. Car, régulièrement, nous rencontrons des difficultés à la fin du mois pour nous acquitter de la location du magasin. Idem pour l’électricité. pour vous dire, aujourd’hui, plus de 6 000 artisans ont quitté le secteur. La situation est extrêmement grave », déplore-t-il.

Justin Coulibaly/afrik.com

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LE THIEB A L’UNESCO https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/15/le-thieb-a-lunesco-2/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/15/le-thieb-a-lunesco-2/#comments Wed, 15 Dec 2021 15:47:00 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39371 Le « Ceebu Jën » (thiéboudiène) inscrit au patrimoine mondial de l’humanité

Le « Ceebu Jën, art culinaire du Sénégal », a été inscrit au Patrimoine mondial immatériel de l’humanité par l’Unesco.
Le dossier du Sénégal a été défendu ce mercredi par l’ambassadeur délégué permanent du Sénégal auprès de l’Unesco, Souleymane Jules Diop.
Le dossier du Sénégal a été adopté à l’unanimité et sans débat.
L’inscription du Ceebu Jën ouvre de grandes perspectives pour l’exportation de l’identité du Sénégal, mais aussi à l’économie touristique, qui pourra profiter de ce nouveau label. »

tourismesenegal

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FESTIVAL A PODOR https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/12/festival-a-podor/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/12/12/festival-a-podor/#respond Sun, 12 Dec 2021 10:29:25 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39332 «Les blues du fleuve» à Podor : Lébous et Soubalbés en symbiose

A quelques heures de l’ouverture officielle du 14ème festival, le promoteur et chanteur, Baba Maal, a annoncé que les Lébous, invités d’honneur de cette édition, seront représentés par le Jaraf Youssou Ndoye. Des panels, sessions de formation et prestations d’artistes sont aussi au programme.

A quelques heures du lancement du Festival des Blues du fleuve, l’initiateur de l’évènement, l’artiste musicien Baba Maal, a rencontré la presse. L’édition de cette année a pour thème : «La paix, l’harmonie sociale pour le vivre ensemble, Africain dans l’unité, la convivialité autour des peuples unis par le fleuve dans sa diversité.» Pour l’artiste, le fleuve constitue un brassage culturel et ethnique entre les Halpulaar, Wolofs, Soninkés, Maures, Bambaras et les Malinkés. Ces peuples, unis par le fleuve, entretiennent des relations conviviales. L’artiste informe qu’au Fouta, une frange de la population, «les Soubalbés», se réfère au fleuve avec leurs activités et leur habitat, c’est pourquoi cette année les Lébous, qui constituent un autre peuple de pêcheurs, sont les invités d’honneur. «Quand j’ai approché le Jaraf Youssou Ndoye, il m’a tout de suite parlé de la régate des Soubalbés, appelée Fifiré, qu’il a vraiment hâte de regarder», témoigne le promoteur du festival. Baba Maal a indiqué aussi que cette année, l’objectif pour lui, était de faire une édition dans la sobriété. Mais, c’est le staff qui lui a rappelé que le festival est une affaire de la communauté et, dit-il, «c’est ce qui s’est passé avec les Soubalbés, qui nous ont signifié que cette année encore, ils participeront activement. Le contexte de pandémie m’avait donné cette idée de sobriété du festival de cette année». Au niveau des prestations artistiques, le promoteur du festival se dit très soucieux de la relève et la modernité. C’est pourquoi cette année, il y a la présence à Podor, de jeunes musiciens-chanteurs, en l’occurrence les chanteurs retenus dans le cadre de «Sunu talent», un programme initié par Goethe Institut, et la prestation d’artistes des cultures urbaines comme Adviser, Fada, Ngaka Blindé, Ilam, entre autres. Pour les activités qui attendent les spectateurs pour ces 72 heures de festival, Baba Maal assure que l’agréable (la musique et les régates) sera lié à l’utile. Avant et durant le festival, les jeunes et moins jeunes, venus d’un peu partout dans le département, recevront des formations sur divers secteurs comme l’agriculture, la communication, les techniques de présence scénique, etc. Pour le chanteur, le moment solennel du festival sera le panel, dont le thème est : «Problé­mati­que de l’eau et l’emploi des jeunes : quelles perspectives dans le département de Podor». Les panélistes seront Mamou­dou Dia, président du Conseil départemental de Podor, et Cheikh Oumar Bâ, Directeur exécutif d’Initiative prospective agricole et rurale (Ipar).

Demba NIANG – lequotidien.sn

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GRAND CARNAVAL DE DAKAR https://www.senegalblackrainbow.org/2021/11/27/grand-carnaval-de-dakar/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/11/27/grand-carnaval-de-dakar/#respond Sat, 27 Nov 2021 15:32:12 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39140 Démarrage de la 2ème édition du Grand Carnaval de Dakar

Les festivités de la deuxième édition du Grand Carnaval de Dakar ont démarré, ce vendredi, à la place de la Nation (ex place de l’Obélisque), a constaté l’APS.

L’évènement, dont l’ouverture officielle est prévue cet après-midi, sera marqué pendant trois jours par des animations culturelles (contes, danses, musiques, etc.) et un festival de grillades.

Le Grand Carnaval de Dakar est ’’une plateforme mise en place (…) dans le but de promouvoir la culture sénégalaise et créer un échange entre le Sénégal et les autres pays’’, a expliqué le responsable de la communication de l’évènement, Abdoulaye Dione.

Ce cadre, selon lui, est ouvert à ’’tous les artisans, acteurs culturels, l’éducation nationale et tout Sénégalais capable d’apporter quelque chose à la culture sénégalaise’’.

Selon lui, ’’on ne peut pas parler de culture sans parler d’artisanat’’, car ’’ce sont des choses qui vont ensemble’’.

Il signale qu’un grand espace a été aménagé pour pouvoir accueillir le maximum de personnes dont les quelque 500 exposants en provenance de toutes régions du Sénégal et de la Province du Québec, au Canada.

Une parade d’enfants arborant des masques et des costumes traditionnels est également prévue, en vue de mieux les ’’sensibiliser par rapport à la vie contemporaine (…)’’, a-t-il indiqué.

Le représentant d’Assane Mbow, président d’une association d’artisans du Sénégal, explique que ce carnaval permet artisans ’’d’exposer leurs produits et faire la promotion de l’artisanat’’. Il offre aussi l’occasion de ’’contribuer à la préservation de l’héritage culturel, mais aussi à la sauvegarde du patrimoine culturel matériel africain’’, a-t-il ajouté.

Il invite les ministres en charge de l’Artisanat et de la Culture à s’impliquer davantage dans la promotion du carnaval, désormais inscrit dans l’agenda des événements majeurs du Sénégal.

Placée sous le thème ‘’Contes et légendes du Sénégal et d’Ailleurs’’, l’édition 2021 vise la valorisation et la promotion de la culture comme outil de marketing territorial. Elle rassemblera des acteurs culturels en provenance des 14 régions du Sénégal.

GIB/MK/OID/ASG/APS

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ENCORE UN PRIX POUR MBOUGAR SARR https://www.senegalblackrainbow.org/2021/11/22/encore-un-prix-pour-mbougar-sarr/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/11/22/encore-un-prix-pour-mbougar-sarr/#comments Mon, 22 Nov 2021 15:01:04 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=39088 Roman Gay 2021 : Mbougar Sarr primé

L’auteur Mouhamed Mbougar Sarr, vainqueur du Goncourt 2021 est de nouveau primé. Ce, en remportant le « Prix du prix littéraire » de l’édition « Roman Gay 2021 », pour son livre intitulé « De purs hommes ». Il y parle de l’homosexualité et de l’homophobie au Sénégal.

Le palmarès du Prix du Roman gay 2021 a été proclamé à Paris à la Mairie de Paris Centre, en présence des auteures et auteurs, des maisons d’édition, du jury, des lectrices et des lecteurs.

Pour rappel, le Prix du Roman gay a été créé en 2013 à l’initiative de l’Association Verte Fontaine et des Éditions Du Frigo.

Il s’agit de récompenser des romans déjà édités et diffusés, de langue française originale et appartenant à une littérature d’inspiration homosexuelle masculine.

Depuis 2015, ce prix littéraire est ouvert à tous les pays francophones ou en partie francophones.

Maria Diop – Seneweb.com

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SECOND ROMAN DE DIARY SOW https://www.senegalblackrainbow.org/2021/11/12/second-roman-de-diary-sow/ https://www.senegalblackrainbow.org/2021/11/12/second-roman-de-diary-sow/#comments Fri, 12 Nov 2021 05:03:24 +0000 https://www.senegalblackrainbow.org/?p=38979 Après s’être volatilisée en France, la Sénégalaise Diary Sow publie un roman

France, Paris, 11 octobre 2021, Portrait de Diary Sow au restaurant l’Eclectic, pour l’article de Mustapha Kessous

Sa disparition volontaire en janvier en France, où elle étudie, a provoqué un tsunami médiatique au Sénégal, son pays d’origine. Dix mois plus tard, Diary Sow publie un roman sur une jeune femme prenant la fuite, afin de répondre aux critiques et se réapproprier son histoire.

« Je pars » raconte celle de Coura, Française d’origine sénégalaise qui décide d’échapper à sa vie. Elle quitte Paris sans prévenir personne, puis revient des semaines plus tard, changée à jamais.

« Disparaître, certains en rêvent. Elle l’a fait », souligne Robert-Laffont, un important éditeur français, qui publie le livre, faisant de la confusion entre le réel et l’inventé un croustillant argument de vente. Une courte vidéo de promotion montre l’autrice faisant sa valise, avant de s’éclipser dans la nuit.

Car Diary Sow a connu une expérience similaire en janvier dernier. Un demi-mois de « pause », selon son expression, ayant mis aux aguets les autorités sénégalaises, jusqu’au président Macky Sall, qui donna des instructions pour qu’on la retrouve.

« Mon expérience m’a beaucoup inspirée » pour donner du corps au personnage principal, « mon alter ego », explique-t-elle à l’AFP, refusant toutefois de raconter sa longue fugue, un moment « strictement personnel ». « Je ne suis pas Coura et elle n’est pas moi », insiste-t-elle.

Si Coura a grandi riche, Diary Sow a connu une enfance humble, sur la petite côte sénégalaise, où elle est née il y a 21 ans. Contrairement à son héroïne, l’écrivaine put toutefois compter sur un père aimant, décédé l’an dernier, « qui me disait d’élever la voix au lieu de la brimer », se souvient-elle.

– ‘Butin de guerre’ –

« S’il était resté vivant, je ne pense pas que tout ceci serait arrivé », observe la longiligne jeune femme au regard intense, dont le parler ciselé, toujours précédé de courts instants de réflexion, dénote une grande maturité.

Brillante, Diary Sow est couronnée deux fois meilleure élève du Sénégal, en 2018 et 2019, une distinction aussi prestigieuse que commentée dans ce pays pauvre ouest-africain.

Le bac en poche, cette boursière d’excellence part étudier dans une prestigieuse classe préparatoire scientifique parisienne. Elle publie en 2020 un premier roman, renforçant sa notoriété nationale.

Mais en janvier dernier, Diary Sow s’éclipse, ne donne plus de nouvelles à quiconque. Une enquête pour disparition « inquiétante » est ouverte en France. Le Sénégal craint le pire, jusqu’au sommet de l’Etat.

« On a eu l’impression d’avoir perdu un butin de guerre, un trophée », se souvient Zoubida Fall, autrice de nouvelles sénégalaise. « Au milieu de Paris, on voyait des gens la chercher avec des pancartes : +On cherche meilleure élève du Sénégal+. Il n’y avait même pas son nom. »

Lorsque l’étudiante réapparaît, les commentaires affluent, souvent « vils », poursuit Mme Fall : « Quand dans notre société on prend quelqu’un en exemple et ce quelqu’un sort des clous, nous avons des réactions qui peuvent être extrêmement violentes. »

– Se ‘réinventer’ –

Le poète sénégalais Amadou Lamine Sall se veut moins clément. Diary Sow « a pris du plaisir à être connue, à être photographiée. Elle se prêtait à ce jeu, donc elle en paie le prix », tranche-t-il, quand d’autres lycéens primés au Sénégal « n’ont pas connu ces aventures ».

Et de citer Mohamed Mbougar Sarr, meilleur élève de terminale du pays en 2009, qui après « beaucoup de travail », s’est vu décerner début novembre le prestigieux Prix Goncourt français : « Si elle prend le temps de travailler, peut-être pourra-t-elle aussi devenir dans vingt ans un grand écrivain. »

Mais la Sénégalaise, qui dit être parfois arrêtée dans la rue par des compatriotes lui affirmant qu’elle « ne vaut rien », ne veut pas attendre.

« Je pars » est en ce sens une réponse romancée aux critiques. « J’ai écrit ce bouquin pour régler quelques comptes », reconnaît la jeune femme « emprisonnée par l’opinion des autres », dont l’identité a selon elle « tellement été déformée qu'(elle) n’arrive plus à coller à ce personnage ».

Alors Diary Sow veut « choquer ». Elle fait découvrir à Coura sa sensualité, quand l’on discourt rarement sur l’intimité féminine au Sénégal. « J’ai voulu provoquer de la répulsion, de l’incompréhension, du dégoût, peu m’importe tant que ce n’est pas de l’indifférence. »

Elle espère ainsi, au rythme des frasques de Coura, « réinventer » sa vie. Et d’oser : « Peut-être qu’un jour je parviendrai à être celle qui définit ma propre image. »

africanews.com

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