Il n’y a plus de boulot à Saly

Saly ne fait plus rêver les chercheurs d’emploi
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Connu pour être une zone touristique de renom, Saly-Portudal est loin d’être un eldorado pour les chercheurs d’emploi. Si les investisseurs y trouvent leur compte, la pauvreté est latente chez les travailleurs. Avec leurs salaires de misère, ils sont victimes d’humiliation, d’exploitation et parfois de harcèlement sexuel de la part d’employeurs sans vertus.
La station balnéaire de Saly-Portudal renvoie souvent à un conte de fées. Mais en réalité, Saly cache autre chose comme la précarité de l’emploi, l’humiliation et l’exploitation dont sont victimes les travailleurs des hôtels qui gagnent des salaires de misère. Selon une enquête menée auprès de ces travailleurs, 95 % n’ont pas un contrat à durée indéterminée (Cdi) et gagnent moins de 70.000 francs mensuels. Dans l’année, ces employés ne sont utilisés que pendant la haute saison qui s’étale de novembre à avril. Certains employeurs, pour ne pas dire tous, arguent que « pendant la saison basse, ils sont obligés de les libérer, faute de clientèle ».
Aujourd’hui, force est de constater que plusieurs travailleurs demeurent dans une situation très précaire quelque soit le nombre d’années ont effectué dans un hôtel. C’est le cas d’un barman qui a roulé sa bosse dans la même entreprise pendant une quinzaine d’années. Malgré son expérience, le patron est obligé de se séparer de lui durant la saison basse. « Je suis obligé d’aller faire quelque chose pour nourrir ma famille. La plupart du temps, je vais à la pêche et avec le produit de la vente des poissons, je règle une partie de mes problèmes », soutient-il.
Avec la prolifération des écoles hôtelières, les parents continuent toujours d’inscrire leurs enfants dans ces établissements qui n’offrent pas de garantie de travail après la formation, selon un vacataire d’un de ces centres de formation. Les travailleurs galèrent avec plus d’heures prévues par la convention collective et en retour, ils ne perçoivent pas d’indemnités. Aujourd’hui, leur situation a empiré avec un taux de débauchage qui dépasse les 50 %. Elle s’explique par des facteurs liés à l’érosion côtière, les visas biométriques imposés aux touristes et la cherté des billets d’avion. À en croire Pathé Dia, directeur de l’hôtel Téranga, « la faute incombe à l’État qui manifeste une incurie face au phénomène de l’érosion ». Son collègue des Filaos, Ibrahima Sarr, fait savoir « que la baisse des touristes est consécutive aux tracasseries liées à l’obtention du visa et la cherté des billets ». Selon M. Sarr, « une station balnéaire sans soleil est comme faire du ski sans glace ».
Une trentaine de dossiers en instance
Plusieurs travailleurs ont perdu leur dignité à cause de tous ces facteurs. De l’avis d’un syndicaliste, ces facteurs n’ont rien à voir avec l’exploitation qu’exercent certains patrons sur leurs travailleurs. Poursuivant, il a révélé avoir reçu des plaintes de travailleurs dont leurs patrons leur avaient signifié leur licenciement sans raison valable. « Une trentaine de dossiers ont été confiés au niveau des juridictions de Thiès », ajoute-t-il tout en rappelant que même après avoir obtenu gain de cause, les patrons traînent les pieds pour payer les indemnisations. L’exemple de l’hôtel Savana Coumba est encore frais dans les mémoires. Cet établissement a été condamné à payer plus de 500 millions de francs CFA et depuis plus de dix ans, les travailleurs peinent à rentrer dans leurs fonds, malgré leurs sorties médiatiques et autres courriers adressés aux autorités pour dénouer la situation. Face à cette situation, plusieurs employés d’hôtels se sont convertis en « antiquaires ». Chaque matin, ils sillonnent la station à la recherche de touristes pour leur soutirer de l’argent. Ces derniers qui ont perdu leur dignité en perdant leur boulot proposent leurs services aux touristes qui très souvent tombent dans leur piège. Un responsable de l’hôtel « Filaos » de Saly nous raconte qu’un jour il est tombé des nues lorsqu’un touriste est venu lui dire avoir rencontré dans les rues de la station le pâtissier de l’hôtel qui se faisait passer pour son frère. « Est-ce que vous me reconnaissez ? Je suis le pâtissier des « Filaos » et frère de responsable de la clientèle », lui avait-il dit. Sans se poser de question, le touriste lui a demandé de l’accompagner pour faire des emplettes. Au bout du compte, le gus a fini par s’évaporer dans la nature avec une somme d’argent assez importante, laissant le touriste tout penaud. Ces pratiques sont nombreuses et sont le fait d’anciens employés des hôtels qui trouvent tous les moyens pour se faire de l’argent sans le moindre effort.
Du sexe contre du travail
Comme dans pratiquement tous les secteurs, les candidats à un emploi ou à un stage dans les hôtels sont souvent victimes de harcèlements sexuels de la part de certaines personnes qui abusent de l’autorité que leur confèrent leurs fonctions. Il n’est pas rare, dans ce milieu, de voir des filles, à la recherche d’un emploi, confrontées à ces problèmes avec certains patrons ou responsables d’hôtels. Certains leur proposent des rapports sexuels en échange. Si celles qui veulent garder leur dignité intacte refusent, d’autres acceptent ces cadeaux empoisonnés pour fuir les affres de la misère. Au bout de quelques mois, elles sont laissées sur les carreaux et remplacées par d’autres nymphes plus fraîches. Déchues, elles sont obligées de venir grossir le rang des prostituées de la station. Ces cas font florès à Saly. Il suffit de faire un tour dans les cafés pour le constater. À Nd raconte que depuis elle a rencontré ce patron d’hôtel, sa vie a basculé. « J’étais obligée de tout lui donner sinon, je perdais mon emploi. Pendant deux ans, j’étais la fille à tout faire et au finish, il m’a mise à la porte et j’ai appris qu’il a pris une autre à ma place », explique-t-elle. Cette situation ne concerne pas uniquement les filles. Des patrons qui ont des penchants homosexuels proposent aussi à des garçons des relations contre nature en échange d’un petit boulot. Dans un grand hôtel de la place, un cas similaire nous avait été signalé par un réceptionniste qui avait refusé cette offre et qui a finalement retrouvé un travail dans un hôtel de seconde zone. Preuve qu’il y a encore sous nos tropiques des gens qui gardent toujours intactes leurs valeurs.
À Saly particulièrement, plusieurs personnes sont au courant de ces pratiques viles et basses exercées par ces patrons d’hôtel. « C’est à prendre ou à laisser, car il y a d’autres filles qui sont au portillon et qui attendent », soutiennent des gens qui ont longtemps bourlingué dans ce secteur et qui ont été des témoins de ces pratiques de harcèlements sexuels. Ce phénomène n’existe pas uniquement dans l’hôtellerie. C’est le cas aussi
dans les résidences privées. Souvent, dans pareil cas, les parents sont au courant des relations que leurs filles entretiennent avec leur patron. Ils ferment les yeux espérant qu’un jour, un collier sera noué au cou de leur progéniture. Mais dans ce monde perverti, la chance ne sourit pas à toutes.

mbourinfo

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